Traction

Inktober 2019, jour 20. 

Traction

– C’est abject…
– Mais vous n’avez pas vraiment le choix, général Sleyzick.

Le vieil homme regardait le sorcier avec méfiance. Rien dans son visage émacié, ses traits creusés, ou encore son port légèrement vouté ne lui inspirait confiance.

– Quelle garantie ai-je que vous ne vous retournerez pas contre nous ensuite, avec une telle arme en main… Razym ?
– Aucune. Seule ma bonne foi, qui ne vous semble pas si bonne. Et si je me voyais dans la glace, je ne me ferai pas confiance non plus, je vous l’accorde. Mes récentes expériences ont été sources de … déconvenues.

Razym choisissait ses mots avec soin. Il devait absolument convaincre le général.

– Cela fait des mois que je m’échine à tenter de contrecarrer le plan des nains. Vous croyez que je me serais infligé telle tourmente si cela ne m’avait pas semblé d’une ultime nécessité ?

Le général hésita. L’argument était valable, mais il n’arrivait toujours pas à savoir s’il pouvait vraiment faire confiance à cet inconnu qui débarquait de nulle part et prétendait pouvoir tous les sauver.

– Une dernière question, avant que je ne me décide. Pourquoi n’avoir prévenu personne ?
– Des nains, fous par ailleurs, et qui créeraient de surcroît une machine démoniaque pour marcher sur le pays, sans autre but que d’aller balayer tout ce qui se trouve sur son passage. Vous y auriez cru vous ?

Sleyzick grogna. Il devait bien admettre que l’homme avait raison. Tout au mieux, il aurait été traité de fou.

– Où est-ce alors ?
– Juste là, montra Razym, dans les mines de Schwaz. Avec de bons griffons, vous pouvez rapidement y envoyez des éclaireurs les intercepter. Cela leur nuira tout autant qu’il nous bénéficiera.

Le général soupira. Il ne voyait pas d’autres alternatives que de s’en remettre au nécromant.

– Jarosz, fait seller nos meilleurs griffons et va quérir les meilleurs éclaireurs qu’il nous reste. Je veux qu’ils partent dans l’heure pour les mines de Schwaz.

¤

Deux nains tiraient sur une corde qui grinçait et raclait une poulie sommairement installée au-dessus d’un puit. Ils n’étaient éclairés que par la lueur blafarde des torches éparpillées dans la spélonque. Les flammes jouaient un abstrait spectacle d’ombres chinoises au gré des minces courant d’air qui arrivaient jusqu’à elles.

Les deux êtres courtauds agissaient en cœur et sans un bruit, traction après traction, afin de remonter leur précieux butin. L’épaisse corde leur brûlait la peau des mains, mais ils n’en ressentaient rien, dévoués entièrement à leur tâche.  Seules les tractions importaient en l’instant présent.

Le trésor apparut, emmitouflé dans une enveloppe de cuir protectrice.

Les nains jubilaient. Ils avaient récupéré un nouveau cœur.

Tout à leur joie, ils n’entendirent pas les bottes souples crisser derrière eux sur la poussière, ils ne virent pas les silhouettes enjamber la corde maculée de sang déjà sec. Mais ils sentirent les larges lames affutées perforer leur dos pour ressortir par leurs thorax.

– Sur ordre du roi, nous réquisitionnons cet artéfact.  

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