Speedwriting HS -1 (468 mots)

je ne suis pas à l’origine de ce défi d’écriture, et c’est pourquoi il apparaît en hors-série. Il a été proposé par L’Encre, autre discord littéraire (toute petite communauté, gros talents !).

Les règles pour celui-ci étaient :

  • 1 heure d’écriture, pas de contrainte de mots (un haiku ou une nouvelle de 8 pages, tant que c’est écrit en une heure de temps).
  • Un thème pris au hasard parmi les différents thème proposés : « Mourir dans la gloire. »

Je n’avais pas trop d’idée, ni d’inspiration, et le thème m’a instantanément fait penser à L’Arrache-Coeur de Boris Vian. J’ai donc décidé d’y situer mon action, de prolonger (à ma façon, à ma hauteur) l’histoire de Vian, le temps de quelques mots. Ce texte est donc un exercice de style plus qu’une tentative de créer une histoire, un jeu de mots et de sonorités, de sens. Il peut être lu sans connaître L’Arrache-Coeur, mais sera peut-être moins (ou pas du tout) compris je pense.

Comme d’habitude, à part une mince relecture des mots, il n’y aura pas eu de travail sur le texte une fois le délai dépassé.

Bonne lecture !

Bosi-e


Mourir dans la Gloïre

Propre de toutes les vertus de ce monde pour ne charrier que la honte, la rivière colorait rouge sang de tomate. Fluide ou lisse, solide à l’envie et plus épaisse que mai lasse, elle avalait depuis l’amont jusqu’au village pour se perdre par-deci et delà.

Quiconque n’osait y naviguer, n’y aurait d’ailleurs songé de jour comme de rêves. Elle représentait tout ce dont ils se délestaient pour vivre sans se détester, même s’ils ne s’en rendaient en vérité pas même compte, préférant ne pas en parler entre eux ni avec personne. Une rivière après tout, ça ne sert à rien d’autre qu’à riviérer. Et celle-ci ne s’accommodait de toute façon que de deux types de visiteurs : la barque de la Gloïre puisqu’il n’avait aucune envie d’être sur elle bien qu’il n’ait aucun autre but à son existence ; et les corps des enfants morts de n’avoir su assez vivre.

L’homme était habillé d’or, d’une barbe embroussaillée, et de l’eau vasqueuse dont le courant paraissait si lent sans l’être qu’on le qualifiait de stagment. Il plongeait sans canne à péche, car les villageois la lui avaient brisée, ramasser entre ses dents la pourriture des autres pour la ramener dans sa fraile embarcation trop lourde pour s’envoler et qui par dépit se laissait voguer.

Il y avait des gros morceaux fait de petites hontes comme des montagnes nées de trous de souris (puisqu’ils ne savaient plus ce qu’étaient les pleurs), et des petits morceaux fait de grosses hontes, comme une Histoire revisitée car elle servait un ordre qui n’avait pas cours ici. Et les morceaux s’effritaient ou se liquéfiaient entre les mâchoires de la Gloïre, pour le nourrir lui et la rivière.

Parfois, des poissons plus courageux, plus stupides, et plus résistants que d’autres remontaient la rivière en marchant sur leurs nageoires. Il y avait les saumons pourtant intelligents, et les loups qui hurlaient à la lune à tout heure du jour, les bars ivres d’avoir trop bu mais qui par chance n’allaient pas se faire attraper par un corps mourant. Les presque cadavres s’occupaient plutôt en général à tendre vers un état ou un autre tel un photon indécis, avec une probabilité souvent élevée que l’inerte succède à l’inertie.

La barque de la Gloïre s’était rapprochée d’un de ces enfants plus assez fringuant pour servir un artisan et qu’on avait négligemment disposé. L’homme avait plongé pour remonter sur son bateau un déchet de plus. Il s’était saisi du col entre ses dents et nageait à contre-courant, accompagné, applaudissement, du clap-clap-clapotis de l’eau et de la respiration saccadée en staccato de l’enfant. Sa poitrine se soulevait de moins en moins de brasse en brasse, et celui qui venait de perdre la vie dans la rivière de la honte ne remarqua pas qu’il était pourtant ironiquement mort dans la Gloïre.

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