Speedwriting #2 (489 mots)

Thème : Le point de vue de 2 personnages

Contrainte : Écrire un texte qui met en scène deux réalités parallèles

Il la regarde avec les yeux de celui qui aime follement. Un regard de captivé, d’envoûté, une mouche attirée par une plante carnivore. Elle en partage les attributs, et c’est ce qui la rend si agréable à dévisager. Ses lianes qui s’enroulent autour de ses membres, cette bouche qui couvre son premier abdomen, toujours semi-ouverte et bavant. Et qu’elles sont belles ces dents, ces tiges, ces pics vert herbe qui s’entrecroisent en crissant. Elle arbore cette peau écailleuse qui n’appelle qu’à être touchée, caressée, et il aimerait tellement le faire.

Alors il ose un peu et tend le tentacule vers son garrot. Sa chitine est encore plus exquise au touché qu’il n’aurait su l’imaginer. Il se ravit et laisse échapper de l’abîme qui lui sert de bouche un petit glapissement de joie. Jamais il n’a observé de si fascinante créature. Il pourrait passer des heures à la détailler. Il hume son haleine d’un fétide exquis. Il s’extasie devant ses sept pattes asymétriques, munies de ventouses pour grimper à toutes les surfaces. Il glisse son appendice plus proche de ces canines longues comme l’ombre d’un arbuste quand les soleils sont à leurs zéniths, et en enroule un autre vers son dos afin d’étreindre cette beauté surnaturelle. C’est le plus beau câlin de sa vie.

Elle le regarde s’approcher sans bouger avec les yeux de celles qui est instamment sur le qui-vive. Incertaine de savoir s’il s’agit d’un prédateur ou d’une proie. C’est un autre. Un autre et elle a faim, tellement qu’elle suinte de cet acide qu’elle utilise pour attendrir ses repas et qui attise toujours plus son envie, ou son besoin de se repaître. Il vient vers elle et elle ne frémit pas, fermant et relâchant à peine sa mâchoire-abdomen au rythme d’une respiration légèrement excitée à l’idée d’un repas qui viendrait se glisser directement dans sa bouche. Il est rond et elle le mesure de légers mouvements de ses lianes pour savoir si elle saura le prendre dans sa bouche ou si elle devra d’abord le déchiqueter. Il passera.

Elle se retient toujours de bouger. Elle n’est pas seule prédatrice dans cette jungle rocailleuse, et c’est la première fois qu’elle rencontre une bête de ce type. Elle préfère patienter, subir son toucher. Il vaut mieux cela et rester en vie. Elle fait confiance à son instinct qui lui a si souvent sauvé la vie, qui l’a protégé jusqu’alors. Mais cet instinct est désormais presque sûr qu’il est temps de manger.

Leurs prunelles se croisent.

Ils sont là à se regarder, yeux dans les innombrables yeux, le regard indéfinissable de ceux que la passion anime et affame. Ils sont là un instant qui semble durer une éternité avant qu’elle ne se décide et ne se jette sur lui, pour le dévorer. Il est bon, bien que ces tentacules soient un peu cartonneux sous la dent. Il a la chair tendre de ceux qui n’ont pas vu le danger arriver.

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