Sombre

Inktober 2019, jour 26. 

Sombre

De lourds et sinistres nuages s’amoncelaient dans le ciel, émanant de sombres colonnes menaçantes. Celles-ci s’élevaient sans frémir sous le vent pourtant fort, signaux de fumée signalant l’incendie qui sévissait sous chacune d’elles. C’était là des symboles de la dernière exhalation de la vie de chacun des bourgs incinérés. L’air était amer, difficilement respirable, et le ciel terni de ces noirs nuages faisait croire à un imminent orage d’été alors qu’un clair hiver battait son plein.

Le tonnerre pourtant érupta, précédé d’une chaleur à faire bourgeonner puis mourir les arbres et plantes environnantes. Le dragon avait craché une nouvelle boule de feu afin d’empêcher tout villageois de s’enfuir, les ceignant d’une enceinte de feu infranchissable. Sur fond de ciel et de cris apocalyptiques, sa masse noire se discernait mal, le cachant presque aux yeux des humains effrayés qui tentaient de comprendre d’où venait le danger.

Le dragon se posa dans le village, écrasant quelques ahuris qui n’avaient su se sauver à temps. Ses larges griffes empalèrent hommes, femmes, et enfants. Mais la bête ne se délectait ni des hurlements de terreur, ni du sang qui nimbait le sol pavé du village. Elle ne perpétrait là qu’un massacre qu’on lui avait ordonné et qui, de fait, perdait tout intérêt. Ses larges mâchoires séparèrent une tête de son corps et le dragon recracha le crâne au loin. Il n’avait pas même le droit de se restaurer.

Une fois tous les habitants exécutés, le monstre s’envola, disparaissant une nouvelle fois dans les lugubres nuées couvrant les bois. Son forfait était désormais accompli, et cinq villages avaient été décimés comme le nécromant lui avait ordonné. D’un coup d’aile à déraciner les chênes, il se dirigea vers son asservisseur, à la croisée exacte de ses exactions. Arrivé, il resta en vol stationnaire, le sorcier lui refusant d’atterrir puisqu’en train d’établir sur le sol de gigantesques arabesques alchimiques. Les symboles s’entrecroisaient et se suivaient en farandole, circonscrits toutefois dans un cercle immense et parfait. Le dragon, déchiffrant les symboles depuis le ciel, prit peur.

– Tu es un fou, voleur ! Un fou sans commune mesure. Ton entreprise est vouée à l’échec, et même si tu réussis, ce sera là une tragédie pour le monde entier. Je te le dis, moi qui ne suis pourtant qu’un être de puissance et de mal selon vos standards humain !

Laissant sa cohorte d’esprit continuer d’inscrire les symboles dans la terre, Razym leva la tête vers le monstre. Il leva la main où était passée la bague qu’il avait dérobée pour que ce-dernier puisse la voir convenablement.

– Écoute dragon, lorsque tu auras retrouvé une liberté, et par là même, une dignité, je daignerais peut-être t’écouter. En attendant, disparais hors de ma vue. Et n’ose pas interférer avec mes projets, ou il t’en coûtera.

La dernière phrase était plus qu’une menace, un ordre teinté de magie interdisant d’agir à contresens du sorcier. Le dragon renâcla et reprit de l’altitude, disparaissant au-dessus des nuages qui couvraient l’horizon tout entier désormais. Razym retourna à la tâche, inscrivant des formules cabalistiques à la chaux dans le sol pour parachever son ouvrage. Ses esprits avaient de leur côté finit leurs travaux et le sorcier les rappela à lui, les emprisonnant dans sa bague.

Razym s’écarta hors du cercle et commença à incanter. Les nuages noirs furent aspirés instantanément, siphonnés aussitôt la première syllabe prononcée. Une masse sombre faite de cendre commença à émerger, sortant de nulle part. En-haut, le ciel était bleu clair, d’une couleur vive et éblouissante qui laissait au soleil tout loisir de se refléter sur la neige qui subsistait entre les feux.

C’était un bleu havre apaisant au milieu de toutes cette immense absurdité morbide.

Un bleu qui ne dura pas, et qui se couvrit de rouge aussi soudainement qu’il s’était débarrassé du noir qui l’obscurcissait.

Le nécromant venait d’appeler à lui le sang et la chair des villages que le dragon avait pour son compte exterminé. Un fabuleux pentagramme se dessina alors, compréhensible seulement depuis le ciel. Chaque village en représentait une pointe, et de ceux-ci étaient drainés les corps des victimes laissées sur place. La créature de Razym se tinta de rouge puis de peau et doucement continua à se former.

Un homoncule plus grand qu’une cathédrale s’échappait des entrailles de la magie nécrotique. Un homoncule contrôlé par le sorcier qui ne se départait pas d’un immense sourire. C’était un bien sombre jour pour le royaume, et Razym en était l’instigateur. Il ne pouvait être plus heureux.

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