Savoureux

Inktober 2019, jour 25. 

Savoureux

Sleyzick gardait les mains sur son ceinturon où pendait sa précieuse épée. Il se délectait de la foule qui s’amassait devant lui. Les apprentis en magie de la capitale et des environs enfin arrivés défilaient dans la cour, se rendant aux baraquements qui leurs avaient été assignés. La fenêtre de son bureau les surplombait, lui offrant une vue imprenable sur la vie de la caserne. D’un regard, il pouvait embrasser poudrière comme messe. Mais ceux qu’il préférait observer étaient les nouveaux conscrits, ceux qu’il allait soigner, chouchouter, et briser afin d’en faire de parfaites recrues, diligentes et loyales.

Son plan avait marché. Mieux que prévu il fallait dire, même s’il avait dû improviser, comme avec ce Razym. Mais le résultat était là, et au-delà de toutes ses espérances. Sa vie retrouvait un sens au fur et à mesure que sa garnison se remplissait. Sa vie de soldat redémarrait pour son plus grand plaisir, le plongeant dans une extrême béatitude.

Il était resté loyal à son roi toutes ces années. Il l’avait conseillé, guidé même dans ses jeunes années lors de son accession impromptue au trône. Et son roi était un bon roi, présent pour ses sujets et son royaume. Mais c’était un roi diplomate, avec de grands plans pour le pays. Il avait réussi à le pacifier, à obtenir des accords avec ses voisins les plus belliqueux. Il avait tué l’armée, le besoin d’avoir une armée. Lui qui ne vivait que par le fil de sa lame ou de celle des autres qu’il envoyait au combat ne pouvait l’accepter. Dans la paix, sa vie était devenue fade. Le temps l’avait plus affecté durant ces vingt tranquilles dernières années que les quarante précédentes faites d’escarmouche, de duels et de sang.

Jamais l’idée de trahir son roi ou son pays ne l’avait effleuré. Mais face au terne de son existence, il avait décidé de reprendre sa vie en main, dusse-t-il impliquer le peuple entier. Le général avait concocté un plan qui avait abouti quelques semaines auparavant.

Il avait fait bâtir une menace pour le peuple. Un monstre tel que le roi devrait se reculer pour lui céder pleins pouvoirs. Il ne souhaitait pas gouverner, l’idée lui semblait au mieux incongrue, au pire nauséeuse. Tout ce qu’il souhaitait, c’était se battre. Apprécier à nouveau le poids de son épée et des hommes qu’il pourfendait. Irriguer la terre des veines des faibles et des héros.

Son monde si insipide avait alors commencé à retrouver goûts et couleurs. Il avait négocié, il s’était parjuré même. Il avait compromis son royaume pour se sentir revivre. Mais ce n’était pas une trahison, c’était une piqûre de rappel pour ne pas que sa patrie se retrouve démunie si d’aventure les pays limitrophes en venaient à avoir des vues sur eux.

Le général se graciait de tout crime sur cette excuse fantaisiste.

Il se glorifiait même du service qu’il rendait à son peuple qu’il considérait affaibli.

Une personne toqua à la porte du bureau et le général couvrit les plans de la machine infernale avant d’autoriser la personne à rentrer. Son page pénétra dans l’office, un plateau repas dans les mains.

– Merci Jarosz.
– De rien, général.
– Comment continuent les tractations avec les nains ? Fais-moi ton rapport pendant que je mange je te prie.

Le page ne se fit pas prier et entreprit de résumer ses derniers échanges avec le peuple des montagnes.

– Ils ont accepté de déporter leur machine sur le nord-est. Ils vont ignorer Ofenpesth comme nous leur avons suggéré. Bien sûr, nous avons dû promettre en échange un allongement de dix ans du contrat qui les nomme notre fournisseur exclusif en minerais. Cela va affaiblir nos relations avec la Moskovie qui y perdra un de ses plus gros partenaires commerciaux, toutefois nous n’avons rien à craindre d’une quelconque offensive. Les nains ont arrangé les choses de leur côté. Une fois le prototype détruit, ils dénonceront ses ingénieurs et ouvriers comme renégats et nous livreront trois machines identiques au prototype, en guise de dédommagement. Un accord supplémentaire a été signé pour cela, officieux évidemment. Ils ont simplement voulu garder les plans produits par nos ingénieurs et mages à cette fin. Lesdits ingénieurs et mages se sont réveillés hors de leurs mines avant-hier, sans mémoire. Ils ne poseront aucun problème.

Sleyzick déjeunait tout en écoutant son fidèle écuyer lui narrer ces nouvelles aussi savoureuses que son plat. Tout allait pour le pire dans le meilleur des mondes.

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