Sauvage

Inktober 2019, jour 16. 

Sauvage

La neige glissait et fondait sur la peau bouillante qui se déformait. Des épines sortaient de sa colonne vertébrale, transperçant cruellement l’épiderme. Son corps se transformait, rougeoyait, hurlait alors même que sa bouche se retrouvait close, la chair de son visage ayant fondu et ses dents étant tombées. Le forestier avait mal à en mourir. Mais la mort n’avait voulu de lui et il n’avait aucun moyen de se soustraire à sa douleur. Il ne pouvait qu’être le spectateur interne et impuissant de sa propre transformation.

Son esprit se perdit en lui-même en essayant d’échapper à ses tourments et bientôt il ne resta plus du forestier qu’une vague ressemblance avec ce qu’il avait été. Il n’était plus un homme, mais pas non plus une bête. Il n’était ni un dieu, ni un démon, ni un monstre. Il n’était plus que l’incarnation d’une vengeance et d’une rancœur aveugle dirigée contre lui-même. Il était devenu gardien de son échec et de ses torts, à jamais incapable de s’en défaire.

Lui qui avait été un être empreint d’honnêteté et de rectitude n’était plus qu’une sauvagerie repoussante. Un véhicule pour une haine malheureusement par trop palpable.

Le forestier n’était plus.

Et la chose dont le corps brûlant avait fait fondre son sarcophage de neige sentait s’éveiller en elle des instincts carnassiers. Elle partit alors en chasse, guidée par la peur et le cri d’une fillette qui sonnait telle la mélodie d’une proie facile. La neige fondait devant elle, et son nouveau corps lui permettait de se déplacer rapidement. Elle saurait bientôt se repaître.

¤

Jarosz regardait le registre que les bibliothécaires de Prahag lui avaient envoyé. Sous ses yeux profanes, il voyait les pages de l’ouvrage se modifier, les lettres s’effaçant, évoluant telles des arabesques sur le papier jauni. Loin de la beauté du subtil sortilège qui venait de s’effectuer, le forestier du Nord venait d’être reclassé comme gardien. À côté de son nom était apparu un dessin représentant une créature ressemblant à une goule, muette, le dos garni de pieux courbes semblables à des éperons rocheux.

– Il faut que je prévienne le général, s’affola le page.

Il recula son siège précipitamment et sorti de son étude, disparaissant dans les sombres allées de la bibliothèque d’Ofenpesth. Il ne remarqua pas qu’une nouvelle page venait d’apparaître, recensant un nouveau forestier, une nouvelle personne qui allait prêter serment. Jarosz ne sut pas le nom qui venait de s’inscrire sur le registre.

Liudmilla Vogt

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