Ornement

Inktober 2019, jour 17. 

Ornement

Razym avait le teint blafard, les yeux écarquillés d’incrédulité, et la lèvre inférieure tremblotante, comme bloquée entre deux positions qu’elle n’arrivait à concilier ou atteindre. Sa bague d’ordinaire si chatoyante était grise. Inerte. Hideuse. Sans vie et sans magie. Ses écailles mobiles s’étaient comme cimentées, et ses ailes si légères pesaient sur les doigts où elles reposaient.

La bague, artéfact d’une puissance incommensurable, n’était plus qu’un ornement. Un colifichet tout au plus.

La main levée jusqu’à ses yeux, il ne percevait que de manière diffuse les esprits qui se délitaient autour de lui maintenant qu’ils n’étaient plus avilis par la bague. Son plan, ses marionnettes fantomatiques, tout s’effritait. Il porta la main à sa bouche, comme pour camoufler son propre désarroi, et celle-ci se teinta de rouge. La bague n’était plus là pour le préserver.

Le sorcier avait passé tant de temps à chercher cet artéfact, à le convoiter, pour lui-même et pour contrecarrer la machine des nains, qu’il ne lui était jamais apparu qu’il puisse s’éteindre. C’était invraisemblable. Les espoirs qu’il avait eus reposaient désormais sur un ornement, une babiole sans plus de valeur que la parole d’un arracheur de dents.

– C’est pas vrai, c’est pas vrai ! C’est pas possible !

Razym soliloquait, se répétant inlassablement pour tenter de se convaincre du contraire.

– Je dois trouver pourquoi c’est arrivé. Je dois trouver…

L’homme passa sa cape sur les épaules, les membres fébriles comme fiévreux. Il voyait quelques esprits restant dans l’atelier. Cois.

– Je ne vais pas vous laisser crever. J’ai encore besoin de vous tous.

Il leva le bras et de paroles assurées, plongea l’atelier dans une stase hors du temps, une zone infranchissable que rien ni personne ne saurait pénétrer ni quitter.

– Je vais revenir. Je dois aller à la bibliothèque. Je vais revenir.

Razym essayait toujours de se convaincre, tandis qu’il acceptait doucement la réalité, sans toutefois s’y résigner. Il allait faire revivre la bague. Quittant l’atelier, il se dirigea vers le bâtiment qui regroupait une grande partie du savoir d’Ofenpesth, mais aussi du royaume. Il avait trouvé là-bas des traces de l’existence de la bague, au sein d’incunables empoussiérés, il y trouverait le moyen de se défaire de son infortune.

Il arriva rapidement à la bibliothèque et ses allées froides et peu éclairées. Il se dirigeait vers les lugubres archives lorsqu’il fût percuté par un jeune homme manifestement pressé, qui s’excusa d’un mot soufflé.

Razym l’observa repartir vers la sortie, se demandant ce qui pouvait mettre un servant royal dans un tel état. Il saisit au vol le livre qui sortait de l’étude du page et l’ouvrit au milieu du couloir. Il s’agissait d’un recensement des forestiers et gardiens. Le sorcier y vit alors les méfaits du monstre de l’abbaye, la liste de ses destructions s’actualisant au fur et à mesure qu’il les perpétrait.

– Ça. C’est exactement ça qu’il me faut, murmura-t-il tandis qu’un schéma se dessinait sous ses yeux, sur la carte des bois du nord-est.  

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