Neige

Inktober 2019, jour 11. 

Neige

Blanc. Un blanc pur et quasi virginal recouvrait la vallée. Quiconque aurait pu le comparer à un linceul tant il étouffait vie, bruit et odeur, jusqu’à en saturer les sens d’absence de stimuli. Mais un linceul ne mesurait que très rarement deux mètres d’épaisseur.

La neige était tombée durant la nuit. Cela faisait plusieurs jours que tout le monde dans la région s’y attendait, mais peu étaient ceux qui avaient parié sur une chute aussi spectaculaire. L’avalanche venue du ciel avait pris chacun au dépourvu, bloquant routes, cités et messagers. Le pays était immobilisé, et ceux qui s’étaient retrouvés pris au piège à l’extérieur, caravanes ou vagabonds, devaient maintenant prier les dieux pour leur survie ou converser avec ces-derniers dans l’au-delà.

Le forestier enrageait contre son infortune. Les bottes qu’il avait dérobées prenaient l’eau et il avait peur que deux de ses doigts de pieds ne soient déjà sujets à des engelures. Sa veste ne le protégeait quasiment pas du vent, et chaque rafale faisait s’insinuer contre sa peau flocons et cristaux de glace.

En temps normal, une semaine lui aurait suffit pour rentrer. Mais à présent, il lui faudrait facilement doubler ce temps. Or le gardien lui avait demandé de ramener son bien avant le début de l’hiver. Une colère dirigée contre les dieux et les démons s’empara du forestier, le réchauffant lentement et lui donnant la force d’avancer un peu plus loin dans les bancs compactes de neige. Chaque pas lui coutait, et il ne savait pas quand il serait à bout. Il ne voulait pas y songer, se contentant d’avancer, de mettre un pas devant l’autre. Il devait retourner à l’abbaye. Négocier. Sauver les villageois qu’il avait sous sa protection. Il ne devait pas salir, parjurer le serment qu’il avait fait. Il y était lié par magie.

Alors l’homme continuait d’avancer, se battant à chaque pas contre le climat soudain devenu aussi improbable que l’histoire dans laquelle il s’était retrouvé embarqué. Mais le vent avait en lui des ressources infinies que le forestier ne possédait pas. Et les heures passant, la tempête gagnait du terrain sur le forestier qui n’avançait quasiment déjà plus. Il ne sentait plus ses pieds, ni ses mains pourtant serrées contre ses côtes. Il n’y avait plus que le blanc, autour de lui et dans sa tête, contre sa barbe et ses vêtements. Il était perdu au milieu d’une feuille blanche où tout relief avait été gommé. Il n’était nulle part.

Le forestier fit un dernier pas, avant de s’effondrer au sol, face contre terre. Le vent redoubla comme pour fêter sa victoire contre celui qui avait osé le défier. Bientôt la neige recouvrit le corps de l’homme, comme l’avalant. Au loin, l’abbaye ne se distinguait pas.

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