Mindless

Inktober 2019, jour 2. 

Mindless

La poupée désarticulée gisait au sol, tel un pantin auquel on aurait coupé les cordes. Le corps, tombé sur les dalles froides, aurait pu représenter un tableau comique si la scène n’en était pas si horrifique. Les yeux s’étaient révulsés, n’offrant à qui regardait qu’un blanc laiteux strié de vaisseaux incarnats. Les bras et les jambes s’étaient stabilisés en des positions incongrues, désormais que l’esprit ne retenait plus la chair de faire ce que bon lui semblait. Des ecchymoses et escarres étaient apparus tandis que le corps restait là, immobile et intouché depuis voilà plusieurs jours.

Le spectre regardait son véhicule charnel se décomposer, loin de lui, tout lien entre eux deux ayant soigneusement été annihilé. Un corps sans esprit, pas même enjoint à la débilité ou la sénescence, était tout ce qui restait de ce qu’il avait été, représentait la tombe des espoirs de ce qu’il aurait pu être.

L’esprit n’était quant à lui pas encore adjoint au repos. On l’avait extirpé de sa peau pour le mettre à nu plus sûrement que s’il s’était séparé de tout ses effets et vêtements. Il voyait devant lui l’homme qui le retenait dans ce monde, assis dans un fauteuil aux coussins de velours noir. Un lien, ténu mais tangible et incassable, sauf par la volonté de son émetteur, les reliait. Son esprit bientôt disparaîtrait, bien trop instable pour rester aussi longtemps dans ce monde sans aucune protection, mais son geôlier avait décidé de le tourmenter aussi longtemps qu’il le pouvait.

Ils ne se connaissaient pas, ils ne s’étaient jamais vus avant qu’il ne fasse irruption chez lui, moins d’une semaine auparavant, rictus au visage et sortilège au vent. Son esprit n’avait pas eu le temps de comprendre, d’essayer de se débattre, qu’il était déjà aspiré hors de son corps. Ils conversaient depuis, entre jouet et maitre absolu. Ce dernier, quand il se lassait ou s’ennuyait de leurs échanges, réanimait le corps sans esprit pour le faire danser, agir selon sa volonté. Il avait pour lui le zombie et le spectre d’une personne, et y commandait d’un battement d’ailes de la bague qu’il portait au doigt.

Le tortionnaire se leva soudainement, et le corps qu’il avait fait se relever tomba au sol, si violemment qu’un os s’y brisa, transperçant la peau. Le sang coula jusqu’à ses chausses mais il ne sembla pas le remarquer. Il tendit le bras et l’esprit fut aspiré sans un son, sans un flash, sans un émoi. La première écaille de la bague ailée brilla d’un éclat nouveau, renouvelé. Les reflets qu’elle émettait semblaient hurler, inaudibles pourtant.

– Trêves d’expériences, souffla-t’il comme pour eux-mêmes. Mettons-nous au travail.

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