La tête dans les feuillages

La graine a été plantée et le voilà des mois après. Il sort d’un corps meuble et pourtant pétri de millions d’années d’existences. Au-dessus de lui : sa famille, assez proche et assez loin pour le faire et le voir grandir, serein.

Ce n’est qu’une pousse, fragile, frêle même. Il apprend –un peu- et observe – beaucoup. Le vent de toutes choses ne l’atteint pas encore, il est trop petit pour ça. Pour l’instant il est, il lui faut le rester. Mais voilà que les jours défilent comme la pluie sur sa peau et les années s’égrènent devant lesquelles il ne cesse de croître. Il a de la place autour de lui, ses semblables n’ont pas tous eu sa chance : repliés sur eux-mêmes quand il continuait de grandir.

Il a désormais le vent –CE Vent- dans ses bras et contre lui. Ces rafales qui tantôt veulent le faire pencher à droite, puis d’une bourrasque contraire à gauche. On ne lui demande pas son avis, jamais. A quoi cela servirait-il, il n’est pas apte à saisir, et d’ailleurs le sera-t-il jamais ? Alors, malléable qu’il est de sa plus tout à fait prime jeunesse forcément un jour il plie. Un coude à gauche, gracieux malgré tout. Il se démarque des autres et grandi sans revenir dans les rangs, façonné d’une courbe quand les autres tiennent le garde-àvous cérémonieux et austère. Il se burine un peu -pousse toujours- et le voilà qui repart à droite. Le vent toujours, le Vent.

Il n’est pas vieux et déjà bossu en deux endroits. Parfois ça lui fait mal, parfois ça le gêne, mais il s’aime comme ça. Il est Unique. Et il se remet à grandir, à savoir et à apprendre, de manière sporadique mais sans relâche. La place est toujours vide autour de lui, ses fantasques fantaisies de jeunesse ne lui ont pas permis d’avoir un entourage. Il ne le regrette pas.

Ses feuilles, au printemps dès qu’elles sont là, il les tend vers la lumière, vers ce soleil réconfortant qui le garde de tout. Passe les décades et ne mue que sa peau à travers les saisons. Il se garde dorénavant du Vent de toutes choses. Il a été bienfaiteur –ou salvateur- mais aujourd’hui, il peut se targuer de se guider seul.

Il reste en forêt, encerclé mais esseulé, lui et ses deux coudes, lui bossu. Il se contente de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a été et de ce qu’il sera. Il perdure et dans son écorce, Immuable, se dessine un sourire de celui qui bienheureux vit la tête dans les feuillages.

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