Inadapté

Inktober 2019, jour 18. 

Inadapté

Les canons avaient déployé leur prestance mordorée le long du col. En silence, alignés, ils observaient froidement l’ennemi arriver. Une aile, virevoltante, vint se poser sur l’extrémité élargie de l’un deux. En bas, la bataille faisait déjà rage, assourdissante. Loin du glorieux combat que s’imaginaient quelques jeunes recrues, les griffons tombaient un par un sans coup férir, exterminé sobrement par des jets de flammes rouges et vertes que la machine éructait.

Les canons étaient fébriles, tremblotant. Ils étaient cent à attendre qu’on leur donne l’ordre de tirer. Ils étaient cent à attendre qu’on leur ordonne de tuer.

Ordre qui ne venait pas, étirant le temps indéfiniment alors que tous avaient leurs gestes suspendus au-dessus de la mèche prête à être enflammée.

Le colosse de fer se rapprochait, poussant le cœur artéfact toujours plus loin pour obtenir toujours plus d’énergie. Il fumait, grognait sous la pression que les vérins et rouages devaient absorber, mais plus encore accélérait, sans dévier de sa route. Les nains fous se dirigeaient vers le col, sans remarquer l’apparente impossibilité pour eux de le franchir.

L’ordre vint, et le col fut englouti par le tonnerre consécutif de cent machines à tuer activées simultanément, de cent boulets sifflant dans l’air enfumé, pour finalement aboutir à un vacarme indistinct de cent projectiles frappant la carlingue du bâtiment ambulant.

Qui ne frémit pas. Qui ne tangua pas. Qui ne ralentit pas.

Les canons étaient inefficaces. L’arme mécanique la plus destructrice du royaume était inadaptée, inutile. L’armure du béhémoth n’avait pas même était rayée, encore moins enfoncée par les impacts.

Les canons prirent peur. S’agitèrent. Se rechargèrent nerveusement. Une masse inarrêtable de fer évoluait vers eux, et leur commandant leur demandait de ne pas faire ce que leur instinct leur criait. Fuir.

Chaotiquement, désordonnés, les canons tirèrent une seconde salve, à contretemps, qui eut autant de succès que la première.

Les canons ne servaient à rien. L’armée n’était parvenue qu’à détourner la machine, la redirigeant vers Ofenpesth, située quelques centaines de kilomètres au-delà du col.

L’opération était un fiasco. Il ne restait plus qu’à espérer que le vieux général ait vu juste, que les nains se retrouveraient bloqués par l’abrupte pente et le col exigu. Mais il n’en fût rien.

Le mastodonte se figea un instant, crissa, puis se déploya sur de longues jambes métalliques malingres. Son corps massif ne le gênait plus pour avancer, surélevé désormais de plus d’une dizaine de mètres au-dessus du sol. Les nains recommencèrent à avancer, et les canons furent balayés, ignorés.

L’armée avait été inutile, tandis que la machine des nains semblait pouvoir s’adapter à chaque situation.

¤

Sleyzick avait réquisitionné la salle principale de la bibliothèque d’Ofenpesth. Devant lui, la carte s’actualisait grâce aux rares sorciers présents encore sur le lieu du désastre. Il tempêtait contre lui-même.

Un homme s’approchant fut stoppé net par deux gardes. Il tenait deux épais ouvrages sous le bras. Jarosz le reconnût comme l’homme qu’il avait bousculé, quelques jours auparavant.

– Général. Je peux vous aider. Je m’appelle Razym.

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