Fronde

Inktober 2019, jour 19. 

Fronde

– … s’arrête. Je veux que ça…s’arrête.

Entre deux sanglots, la jeune fille parvenait à articuler une phrase, un mantra qui s’échappait d’elle pour tenter d’endiguer sa détresse. Elle était à genoux, entourée de décombres refroidissantes, seule, à prier pour que tout cesse. Une voix s’immisça dans sa tête. Sans forcer, sans la surprendre, sans l’agresser. Elle était chaude, posée, objective. C’était une voix qui n’allait pas lui faire de mal, une voix qui n’allait pas lui mentir.

« Je peux t’aider. »

La jeune fille ne répondit pas, cherchant du regard celui, ou celle, qui lui avait parlé. Il n’y avait personne autour d’elle. Elle était résolument seule, seule rescapée.

« Je peux t’aider », répéta la voix désincarnée, « mais ce sera dur ».

L’enfant hocha la tête frénétiquement. Elle était prête à tout pour que son calvaire se termine, même à faire confiance à une voix qui venait d’ailleurs.

« Que souhaites-tu ? »

– Je ne veux plus jamais que ça arrive. Je ne veux plus avoir peur…

« Bien. Ce sera là ton premier serment. »

Ses yeux se voilèrent, le monde tourna autour d’elle et la voix vint s’inscrire dans ses paumes, les brûlants sans chaleur et sans douleur pour marquer leur accord. Un ﬡ apparut mais l’enfant ne le remarqua pas. Elle avait sombré vers un vide attrayant et réconfortant où l’effroi n’existait plus.

¤

Liudmilla se pencha pour ramasser un galet. Son sac en était quasiment rempli et lui sciait ses frêles épaules. La terreur qui l’avait englouti trois jours auparavant avait disparu, effacé de sa tête plus efficacement que le graphite sous la mie de pain.  Elle avait instinctivement appris à se débrouiller, à survivre dans l’environnement qui était le sien : neige et désolation.

La voix ne l’avait recontacté qu’une seule fois, à son réveil, pour lui signifier qu’une goule arrivait et qu’elle serait son deuxième serment. Elle serait libre de faire ce qu’elle voudrait après, mais elle devait soumettre la bête.

Alors elle s’était mise en route, laissant suffisamment de traces pour guider la bête, mais suffisamment peu pour la faire errer le temps qu’elle se prépare. Elle avait récupéré une fronde avant de partir, seule arme que sa petite taille lui permettait de manier, dans le cas où elle devrait encore affronter la goule. Elle avait mis en place un jeu du chat et de la souris où se faire attraper signifiait mourir pour l’enfant. Mais doucement, elle amenait le monstre là où elle le souhaitait. Vers l’abbaye.

Liudmilla n’avait plus peur. Elle avait beau n’avoir que huit ans, c’était une forestière.

Premier jour Jour précédent Jour suivant

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s