Frêle

Inktober 2019, jour 8.

Frêle

– Le village de Gerza a été rasé.
– Alors ça a commencé. Les nains sont sortis de leur trou. Que fait-on, Razym ?

L’intéressé ne répondit pas. Il tenait, chamboulé, le journal dans ses mains et sa minutieuse description du massacre de Gerza. Le village avait tout simplement été rayé de la carte. Il n’y restait ni ruines, ni âmes. L’homme avait espéré que les nains ne terminent leur abominable mastodonte qu’après l’hiver. Il aurait pu ainsi mieux se préparer, mais il avait perdu tant de temps à chercher la bague, déjouer la vigilance du gardien, et finalement tenter de maîtriser ses pouvoirs. Il était maintenant acculé, et les esprits autour de lui attendaient qu’il donne les ordres.

Razym fit briller la troisième écaille pour y puiser dans la santé de son soi futur. Il retrouva force et volonté, drainant son espérance de vie plus que de raison. Les autres grands esprits qu’il avait rallié à lui et sa bague le regardaient faire. Personne ne pouvait cautionner le fait que Razym se vampirise ainsi, mais tous saisissaient l’urgence du moment. Les nains fous devaient être arrêtés, et rien ne saurait égaler leur folle construction, si ce n’était quelque chose d’encore plus dément. Une chose que Razym leur avait proposé.

Derrière eux, leurs échecs s’empilaient en une masse putride, mais chaque tentative les rapprochait de la réussite. En témoignait la frêle esquisse d’arme qui trônait en lévitation au centre de l’atelier. Elle était gracile, faible, et inconsciente. Un souffreteux aurait pu la briser d’un éternuement mal placé, mais le résultat était là. Au milieu des parchemins et des cierges, ils avaient à force d’effort et de sacrifices créé un homoncule.

Il était décharné et amyotrophe, ses yeux vides ne transmettaient que l’absence de réflexion qui l’alimentait, mais pourtant il répondait à toute sollicitation, à tout ordre de ses concepteurs. C’était une réussite précaire, mais une réussite quand même. Il ne restait qu’à concevoir une créature de cent, ou mille, fois cet acabit, et trouver l’énergie psionique suffisante pour cimenter son corps, et à celui-ci l’étincelle de vie qu’ils allaient lui insuffler.

Razym, d’un geste du doigt, fit voler le corps sur la pile déjà haute des échecs. De nouveaux esprits, jusqu’alors conservés en sécurité, jaillirent de la première écaille. Ils devaient se hâter, et ils avaient besoin de toute la main d’œuvre disponible.

– On recommence. On ne s’arrête pas. Il nous faut trouver comment faire une créature plus grande. C’est possible. Si les sorciers de Prahag l’ont fait pour leurs golems de glaise, on y arrivera ici aussi.

Il restait un mince espoir, aussi frêle que l’homoncule éconduit, pour arrêter les nains empêtrés dans leur folie créatrice et meurtrière. Et Razym s’y accrochait, déterminé à le concrétiser. Dusse-t-il fouiller chaque fosse commune du pays pour former sa créature, son corps.

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