Exode

Alors tu t’enfuis, tu fuis ta vie. Tu marches, tu décolles. Parce qu’il faut faire planer ton esprit, ne plus penser. Comme après un shoot à la colle devenir teubé à tous jamais. Ou presque.

Alors tu pars de toute manière. Et puis tu erres. Tu es dans la masse, tu es le groupe et pourtant solitude est ton slogan, à toi et aux autres bien en rang.

Et tu marches, encore et encore, jusque ne plus pouvoir et après encore. Tu te voiles, tu mens sur ta vie. Tu inventes sur le mot peur, sur le mot déception. Tu laisses couler l’imagination, histoire de pas passer pour un con.  Et cette fuite ne dure qu’une seconde, le temps de ne pas pleurer, le temps d’espérer, de refouler.

Et dans le même temps tu t’enfermes, tu t’encages, pour museler ta rage. Qui crie, qui beugle, qui t’assourdie. Mais vite cette prison devient trop monotone et trop étroite, comme une éternelle autoroute sans virages. Ni à gauche. Ni à droite. Et tu veux la quitter, cette étreinte de fil de crainte que tu as toi-même tissée. En maille serrées. Barbelées à t’arracher la peau.

Alors tu l’arraches toi-même, motivé par la haine. Dirigé contre toi, contre tout ce qui ne va pas.  Mais rien ne change, tu te rends compte que tu as loupé un embranchement et soudain tout te devient étrange. Tu ne reconnais plus ce qui t’entourait, ce qui t’étais familier. Tu es perdu d’avoir quitté le troupeau, d’avoir voulu te débarrasser de tous tes maux.

Et tout s’étiole, tout se distille, comme une fiole, d’où s’échappe mille et mille fumerolles en vapeur d’alcool. Brouillard sur lequel tu flottes, tu pars puisque maintenant tu sais que rien n’est jamais trop tard. Pour changer, tout recommencer, tout quitter, s’oublier jusqu’à s’abîmer. Et renaitre, enfin être. Aussi différent que deux ailes de phalènes ne se ressemblent pas.

Parce que partir, s’enfuir  n’existe que pour se retrouver. Puisque provoquer ton exode t’amènera forcément un jour à être si grand que huit cents poètes se battront pour être celui qui écrira ton ode. Cours, ne t’arrêtes pas. Peu importe où tu vas et où tu vis, tu seras.

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