Dragon

Inktober 2019, jour 12. 

Dragon

Les murs immaculés de l’abbaye, toujours blanc craie malgré les années, se confondaient avec la neige environnante. Seule la coupole de verre azur se découpait dans le paysage. Les épais murs ne protégeaient en rien les occupants de l’abbaye du froid. Et en son sein, le gardien fulminait. Il éructait toute sa rage, à en faire reculer les amas de neiges qui s’accumulaient contre les portes et fondations.

Le forestier n’était pas revenu.

Le forestier ne lui avait pas ramené son anneau.

Le forestier avait failli.

Le gardien senti la promesse magique qui le liait lentement se déliter. Le forestier ayant rompu son engagement de lui rendre son bien avant l’hiver, le serment de paix qui le retenait s’effaçait à son tour. L’armure de pierre qui le retenait et jugulait sa véritable forme se fendit. La gangue se mit à tomber, morceau par morceau, et le gardien recouvrit alors progressivement son aspect primordial.

Une membrane tout d’abord, de cuir épais, s’extirpa de son dos et ses côtes. Son bras s’y fondit, ses membres s’allongèrent jusqu’à former une aile similaire à celle des chauves-souris. Sa peau mua pour se couvrir d’épaisse et rigides écailles chitineuses. Une queue immense au mouvement pendulaire se déploya, et à son extrémité, une section circulaire aussi tranchante qu’une hache. Sa tête s’allongea hors de son casque désormais inutile. Des crocs poussèrent, ses yeux s’étrécirent et devinrent jaunes, et deux nasaux fumants apparurent.

Puis ce fut à sa taille de changer. Le gardien grandit, jusqu’à en devenir gigantesque et que les murs de l’abbaye ne puissent plus le contenir. Alors d’un souffle puissant, il brisa la coupole qui explosa en un millier de bris scintillants, et s’envola. Le dragon n’était plus astreint au sol. Il retrouva le ciel qui lui avait été interdit des siècles auparavant.

Il était libre.

Libre de tout ravager et d’aller où bon lui semblait.

Libre du carcan qui l’avait avili trop longtemps.

Libre de se venger des humains qui l’avaient humilié en enfermant sa véritable nature.

Un coup d’aile monstrueux déblaya les alentours de l’abbaye aux murs ébranlés par la sortie de la bête. Le dragon prit de la hauteur pour mieux percevoir les environs, qui avaient mutés sans qu’il ne puisse en être le témoin, astreint à rester entre les maigres frontières du cloître. De nombreux villages avaient éclot, certains plus proche du hameau et d’autres du bourg.

Le dragon souleva ses babines dans une tentative raté de sourire. Il voyait en-dessous de lui de la nourriture à profusion. Et il avait faim.

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