Cendre

Inktober 2019, jour 13. 

Cendre

Une fumée épaisse et âcre finissait de se disperser dans le ciel. Elle charriait avec elle les dizaines de cris des innocents qui avaient été consumés. L’enfer s’était abattu sur eux. Il y avait d’abord eu ce vent chaud et cette aurore illuminant l’horizon à des lieues à la ronde. Puis l’impact, sourd, d’une boule de feu immense contre l’hôtel de ville. La déflagration avait soufflé les toitures, projetant chaotiquement tuiles et cheminées tel des obus. Peu après, le dragon était arrivé, obscurcissant le ciel de ses larges ailes. Il avait commencé à embrocher de ses larges griffes les survivants qui courraient anarchiquement, perdus et apeurés. La monstrueuse bête les portait à sa gueule encore fumante pour repaître l’insatiable faim qui l’avait tourmenté des siècles durant.

Mais le dragon était parti désormais et de la fumée s’élevait d’un autre point de la vallée. Il ne restait plus rien que des ruines, des débris, des cendres. Les incendies s’étaient rapidement éteints, après avoir épuisé de leur rage leurs combustibles. Des ombres s’étaient retrouvées décalquées contre les rares murs encore debout, derniers témoins des victimes incinérées au point d’impact du projectile. Du passage du monstre ne subsistaient qu’une terre calcinée et un brouillard, bouillant et humide, provenant de la neige évaporée.

Le vent se chargea de balayer les flocons de feu qui tapissaient le village. Les cendres, ainsi transportées, recouvrirent la neige d’un voile gris désolation. Continuant son chemin, l’air froid atteignit un arbre si noir qu’on aurait pu croire qu’il avait été frappé par la foudre. Son écorce était si fragile qu’elle s’effritait au moindre regard. Seule une branche lui restait, tel un membre qui n’aurait pas été amputé. Une branche où pendait sans joie et sans vie une balançoire. Seule une de ses cordes la retenait encore, l’autre ayant rompu, coupé net par un morceau de fer ayant volé jusque-là.

Le visage fondant contre le sol brûlant, un garçon finissait de mourir près du jeu. Il avait eu le torse enfoncé par une brique qui avait dû le faucher hors du siège de la balançoire, en plein élan. De multiples éclats l’avaient de même transpercé, causant d’innombrables coupures d’où s’échappait tout son sang, brunissant la terre autour de lui.

Liudmilla observait son frère mourir, les yeux grands ouverts, écarquillés d’horreur. Elle n’arrivait pas à détacher son regard du spectacle macabre. Tétanisée. Perdue. Orpheline.

L’enfant cria, de peur et de détresse, et son cri refléta toute la folie de ce qui venait de lui arriver. Mais plus personne n’était là pour l’entendre. Pour la consoler. Ne restaient que les cendres voletantes qui se collaient à sa peau.

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