Balançoire

Inktober 2019, jour 9. 

Balançoire

Les feuilles automnales tombaient au même rythme que la balançoire voltigeait, d’avant en arrière et d’arrière en avant. Le frimas du matin était tombé, et les enfants s’étaient précipités vers leur jeu préféré une fois leurs corvées terminées. Le frère poussait la sœur, qui riait de plus en plus fort au fur et à mesure que la balançoire prenait de la vitesse. Le siège de bois ne s’arrêtait jamais, oscillant en arc de cercle sous l’impulsion des jambes de la petite fille. La corde s’accrochait de tout son être au banc et à la branche, retenant le tout comme pour ne pas blesser l’enfant dont elle se sentait responsable.

– À moi Liudmi’, c’est toujours toi qui prends la balançoire et moi j’ai jamais le temps d’en faire avant que maman nous appelle pour manger.

L’enfant, actant ses paroles, arrêta la balançoire avant qu’elle ne reparte à nouveau loin de lui, dans les airs. Synchrone avec ce brusque temps d’arrêt, les feuilles mortes semblèrent se figer en l’air, avant de s’échapper au loin sous le joug d’une soudaine bourrasque. Ludmilla bougonna, mais accepta à contrecœur de céder sa place à son grand frère. Elle descendit du jeu que leur père avait installé pour eux, et, touchant le sol de ses petites jambes, regarda son frère avec un grand sourire où manquaient deux dents qu’elle avait récemment perdues.

Son regard se posa par-delà l’épaule de son ainé et atterrit sur les hauteurs sphériques de la lointaine abbaye. Elle la distinguait mal d’ici, et le vent froid lui piquait les yeux, l’empêchant de les garder grands ouverts.

– Dis Yuhri, tu crois que le Forestier il va bientôt revenir ?

Les deux enfants aimaient beaucoup l’homme. Il était toujours gentil avec eux et les autres enfants du village, et lorsqu’il revenait après une longue période il avait toujours un cadeau pour eux. Il était parti depuis plusieurs semaines, et Liudmilla espérait très fort que le forestier revienne vite. Son anniversaire tombait la semaine prochaine, et elle était sûre qu’il allait lui offrir un cadeau spécial pour ses huit ans.

Yuhri haussa les épaules, pour faire le grand. Le forestier lui manquait aussi, tout comme les histoires de monstres et de bandits qu’il leur racontait quand les adultes n’étaient pas là. Le garçon s’installa sur la balançoire et donna des petits coups de jambes pour la mettre en mouvement.

– Je sais pas moi. Bon, tu me pousses Liudmi’ ?

L’automne avait été court. Les arbres étaient presque nus. Le premier flocon de neige s’était déjà glissé sur les hauts sommets des montagnes bordant le sud du village. Yuhri et Liudmilla étaient heureux. La balançoire que leur père leur avait installé était vraiment la meilleure.

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