Bague

Inktober 2019, jour 1. 

Bague

Bleu. D’un bleu profond et pourtant aux mille reflets iridescents. La bague était circulaire, bien évidemment, comme l’est toute bague, et posée sur un écrin rouge qui mettait ses couleurs encore plus en avant.  Le lutrin sur lequel le minuscule coussin reposait était au centre d’une pièce monacale toute de pierre et de piliers blancs, vide à l’exception du meuble en vieux bois altéré par le temps.

L’anneau scintillait au milieu de cet endroit que seul le silence et le vent passant par les soupiraux traversaient. Il était, de manière singulière, composé d’écailles reposant les unes sur les autres, enchâssées chacune dans la suivante, telle une boucle revenant toujours à son début et sa propre fin. Vingt-quatre feuilles de métal finement ciselées se superposaient, chacune agrémentée d’une gravure, dont la première était un α et la dernière un ω.

Chatoyante et mirifique, la bague devenait, plus encore que cela, étrange lorsqu’on s’apercevait que ses écailles étaient mobiles et que l’envers était orné quant à lui de runes toutes plus archaïques les unes que les autres. Le ciseau qui s’était chargé de cet ouvrage avait dû être suffisamment fin et affuté pour opérer un insecte de la taille d’une fourmi, et l’artisan de posséder des yeux et des mains assez alertes pour opérer tel insecte sans lentille ni microscope.

Dénotaient toutefois, voire surprenaient pour le moins, deux ailes se déployant dans le même axe que l’anneau, jointes par quelques soudures trop fines pour être décelées. Les appendices étaient de telle envergure qu’ils auraient pu sans peine se reposer sur les doigts jouxtant celui qui se verrait affublé du bijou. Les ailes, du même bleu sombre que l’anneau, bien que mat sans être terne, étaient elles-mêmes composées de plumes de métal irréellement sculptées, trop détaillées pour qu’un œil humain en perçoive toute les subtilités.

Toujours esseulé dans la salle aux voûtes hautes et fières, l’homme s’avança vers le lutrin et, sans autre cérémonie, se saisit de l’anneau pour le passer à son majeur. La bague glissa sans s’accrocher, comme s’adaptant à sa morphologie, jusqu’à buter contre la base de son doigt. Les ailes alors s’animèrent, se déployèrent et battirent comme pour s’élever contre l’air, puis se reposèrent majestueusement face à ce combat inepte qui ne méritait pas même d’être livré. L’homme était extatique. Après tout ce temps, la bague était enfin sienne.

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