Appât

Inktober 2019, jour 3. 

Appât

La forêt avait revêtu les couleurs de l’automne, tout de rouille et de doré. Le sol meuble était recouvert d’un fin tapis de mousse et de feuilles tombées qui craquaient sous le cuir souple des bottes du forestier. Il arpentait les bois, et quiconque ne le connaissant pas aurait pu le croire en simple ballade, mais son regard alerte scrutant chaque ombre que portaient les troncs fins ou massifs suffisait à se rendre compte du contraire.

Une tension, voire une nervosité inhabituelle émanait de lui. Chose rare pour le forestier, il avait peur. Loin d’être une peur qui le figeait, celle-ci le forçait à agir, car la vie de nombreuses personnes dépendait de lui. Le gardien de l’abbaye l’avait fait mander quatre jours auparavant, et les lances des messagers, nonchalamment appuyées contre sa colonne vertébrale et son thorax, avaient suffit à le convaincre de répondre prestement à l’appel.

Le gardien lui avait exposé la situation. Un de ses biens avait été dérobé, or il était du ressort du forestier d’empêcher toute personne d’approcher de l’abbaye, sans quoi le gardien romprait ses vœux de paix envers toute la région. Il en avait toujours été ainsi, et l’homme était le premier d’une longue lignée de forestier à avoir failli. La tâche lui revenait donc de retrouver le bien dérobé, sous peine de voir les villages sous sa protection en grand danger.

Le Forestier avait alors suivi les maigres traces du voleur, sans grande réussite. Celles-ci s’étaient arrêtées plus tôt dans la matinée, aux abords d’un bourg déjà loin du cloître. L’homme n’y avait pas pénétré, préférant continuer à enquêter dans les environs avant de se risquer en territoire urbain. Il n’aimait pas la ville, y étant aussi peu à l’aise que l’honnêteté dans la bouche d’un bateleur. Il savait qu’il devrait pourtant y entrer, ses pérégrinations dans les forêts alentours n’ayant rien donné.

Son esprit avait toutefois du mal à accepter toute cette histoire. L’idée que quelqu’un ait pu se jouer du gardien, et plus encore ait pu le flouer, relevait de l’inconcevable. Soit celui-ci s’était affaibli au cours de ses décennies en ermite, soit le voleur était le plus habile que ce monde n’ait jamais connu. Mais le forestier ne pouvait s’empêcher de se méfier. Le gardien, ennuyé de son inactivité aurait tout aussi bien pu inventer ce récit pour l’envoyer au loin. Tout cela pourrait bien n’être qu’un appât destiné à l’écarter de la région, ou pire, le forcer à se déshonorer s’il ne pouvait retrouver le bien manquant. Dans chacun de ces deux cas, la région se retrouverait en péril.

Un frisson parcourut l’échine du forestier, qui ne pouvait se décider quant à la véracité des dires du gardien. Après tout, le lutrin qu’il lui avait montré était bien vide, arborant nettement dans la poussière la place où aurait dû se trouver un séculaire écrin.

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