Et de dix-sept : Écrire le deuil (partie 2)

Je me suis essayée à définir le deuil dans la première partie de cet article, mais j’aimerais, dans cette seconde partie, me concentrer sur deux choses plus liées à l’écriture : la présentation du deuil en fiction au travers d’exemples choisis, ainsi que des petites pistes de réflexions ou d’écriture pour écrire le deuil.

– 5 ans 1/2.
– Quoi 5 ans 1/2.
– 5 ans 1/2, ça fait exactement 1998 jours que ton père est mort.
– Maman, je croyais que tu étais nulle en calcul mental.
– Je le suis, mais je suis nulle en deuil aussi.

Oscar et la Dame Rose, Éric-Emmanuel Schmitt

Le deuil en fiction

Fullmetal Alchemist, Hiromu Arakawa

Je n’arrêterai jamais de vous parler de ce manga parce que c’est une œuvre complète et excellente qui, sous couvert de s’adresser aux ados et jeunes adultes, aborde avec justesse un nombre de thème impressionnant, dont évidemment, celui du deuil.

Les deux héros de l’histoire, les Frère Elric ont perdu leur mère, seule parent leur restant (à défaut de figure parentale, puisqu’ils vont en avoir plusieurs au fil de leur aventure). Je vais me permettre de divulgâcher sans sourciller, la série étant terminée depuis plus de dix ans si je ne m’abuse, et ce sont là les prémisses de l’histoire.

Les deux enfants, afin de faire face à la disparition de leur mère donc, décident d’utiliser l’alchimie pour la ramener à la vie. Ce sera là un échec lamentable qui coûtera à Alfonse son corps (son âme se retrouvant coincé dans une armure), et à Edward son bras et sa jambe. Ils partiront alors dans une quête pour réparer leurs erreurs, se réparer eux-mêmes d’abord, et accepter. L’histoire tourne véritablement autour des questions d’acceptations et de réparation, je sais, je me répète. L’acceptation de la mort, la compréhension de la valeur d’une vie, la tristesse qu’elle engendre, la façon dont on cherche à protéger quelqu’un en retardant l’annonce d’un décès aussi. Le deuil est fait pour eux au fur et à mesure, tandis qu’ils abandonnent l’idée de faire revenir leur mère pour retrouver leurs corps. Ils font un deuil en grandissant, sur des années longues, difficiles, des années d’obstination qui se révèlent telles quel : de l’obstination insensé, qu’il faut laisser derrière soi, avec des larmes s’il le faut.

Un autre personnage de l’histoire, Roy Mustang, sera confronté au deuil de son meilleur ami et se réfugiera dans la violence, une quête de haine pour venger celui qui a été assassiné. Il ne devra le salut de son humanité que grâce à son entourage, tandis qu’il s’enfonce plus profondément dans la colère alors qu’il avance dans son enquête pour traquer le meurtrier.

On assiste à deux façons de traiter le deuil qui se rejoigne et se ressemble sur le début : le déni est très présent et la colère pour l’un, la négociation du réel pour les autres, suivent. Alors que les Frère Elric font leur deuil et avancent en acceptant la vacuité de leur désir initial, le Colonel Mustang ira jusqu’au bout de sa quête, au terme de laquelle il s’autorisera enfin à accepter la perte de son meilleur ami.

Mettez les sous-titres, ils sont en Fr.

La Disparition, Georges Perrec

Partons dans un registre très différent. Les parents de Perrec sont décédés durant la Deuxième Guerre Mondiale, alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Il a décidé de traduire cela dans un roman qui s’appelle La Disparition.

Ce roman a été écrit sans la lettre e. Elle est absente tout du long du récit, que je n’ai personnellement pas réussi à terminer. Cette absence de la voyelle la plus courante de la langue française représente l’absence monstrueuse qu’à été la disparition de ses parents, le vide qu’ils ont laissé.

Ici, c’est un deuil personnel qui est fait au travers d’un roman, et ce dans sa forme. Rappelons-nous qu’un roman, ou une œuvre narrative ne sont pas que des mots, c’est aussi la manière de les présenter et les transmettre.

Buffy contre les vampires.

Je n’ai pas trouvé de vidéo en meilleure qualité que cela, pardonnez-moi. C’est une connaissance de l’Imaginarium qui m’a parlé de cette scène, que je trouve extrêmement forte. On a affaire à un personnage pour qui la mort est étrangère. Elle ne comprend pas pourquoi la personne décédée ne peut pas se réveiller, pourquoi elle va devoir apprendre à faire sans elle. C’est un être pour qui le concept de mort définitive n’a pas de sens. Cela créé une incompréhension chez les humains qui n’arrivent pas à se mettre à sa place, à la comprendre.

Cela permet d’expliquer la mort, et le deuil, au travers d’une scène très bien faite, comme on pourrait devoir le faire à un enfant. Encore qu’un enfant soit aujourd’hui justement confronté à la mort de manière quasi quotidienne dans les films, les livres, les jeux vidéo.

Comment l’écrire, pistes de réflexion.

Le deuil doit être traité. Comme toute chose impactante insérée dans un récit. Ce n’est pas quelque chose qui peut être évacué comme ça, d’un coup, sans que le ou la protagoniste ne le vive. La perte d’un être proche est extrêmement impactante, pour un temps plus ou moins long selon les personnes.

C’est un travail de mémoire, de réorganisation de celle-ci, de négociation avec soi-même, son quotidien, d’acceptation de l’absence. Tout cela peut être traité dans le fond ou la forme de l’histoire, de manière plus ou moins subtile aussi évidemment.

En réfléchissant à cet article, j’ai pu penser à deux façons de retranscrire cela.

L’autaire peut décider par exemple, de ne plus apporter de nouvelles scènes avec le personnage décédé. Les souvenirs neufs n’arrivent plus, pour appuyer l’absence. C’est donc s’interdire les analepses (flashback) où cette personne est présente. C’est s’interdire la possibilité de le ressusciter de quelque façon que ce soit. Le deuil sera fait par le ou la lectrice, qui devra conjuguer avec l’absence physique du personnage parti.

À contrario, on peut décider de faire revenir une scène, encore et encore, au fil du récit. La mémoire est un organe extrêmement faillible et un souvenir mue dès qu’il est enregistré. La scène pourrait alors lentement se métamorphoser, des éléments changeants, les souvenirs trahissant ce qui subsiste du disparu.

Ce ne sont que deux maigres idées, j’en convient. C’était là une façon à moi de proposer des façons de traiter et présenter le deuil dans une histoire. On peut, je pense, faire ça de beaucoup de manière. Et aborder la mort, la disparition, l’absence, reste toujours nécessaire, et à tout âge.

Bref.

Le deuil est une personne qui part pour une autre qui s’installe. Une personne qui se tait, ne dit rien, et vit avec vous. Elle est à votre table, à vos côtés. Silencieuse dans son costume noir. Vous l’oublierez la plupart du temps, une fois les premières semaines passées, mais elle restera toujours là.

Jusqu’au jour où, avec bienveillance, vous lui demanderez de partir, lorsque vous serez prêt à avancer seul avec ce qui vous reste de celui qui est parti.

Bosi-e

P.S : Si jamais vous avez des idées suicidaires, n’hésitez pas à demander de l’aide, à appeler des gens. Je laisse ici le numéro de SOS Amitiés si besoin (ils ont aussi un chat ouvert tout les jours de 13h à 3h !) : 09.72.39.40.50.
P.P.S : Il y a, pour ceux qui aiment ce médium, le jeu vidéo Spiritfarer qui est basé sur l’accompagnement et l’acceptation de la disparition d’esprit dans l’au-delà. Il m’a été recommandé chaudement, mais je n’ai pas eu l’occasion encore d’y jouer, alors je le pose uniquement là.


À Julien

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