Et de seize : La fonction phatique et sa retranscription

Paf, d’emblée, je sors un mot compliqué dans le titre après deux articles très terre à terre. Je suis comme ça moi. Surprenant.

Un livre, ce n’est pas un dialogue. Ce n’est pas une réponse, ni une discussion. Un livre, c’est quelque chose qu’on te donne. Des mots qu’on te met dans les mains en te touchant l’épaule. Rien de plus. Rien de moins. Rien d’autre.

Thomas Vinau

La fonction phatique, keskecé ?

Comme toute bonne chose commence par une définition, définissons cette fonction phatique, qui est en fait quelque chose d’assez simple.

En linguistique, la fonction phatique désigne l’ensemble des mots, l’ensemble des énonciations qui servent à s’assurer que la communication est bien établie.

Dis comme ça, c’est un peu abscons j’ai l’impression. La fonction phatique, ce sont ces mots ou groupes de mots comme « allô », « vous me suivez », « hmm », qui émanent du locuteur (ou de la locutrice) ET de l’interlocuteur (ou interlocutrice) afin de signifier que le message passe. Ce sont des mots, si je me permets une analogie électrique, diode. Lorsque le courant passe, une diode s’allume, lorsqu’il ne se passe rien, la diode est éteinte, c’est le silence. Ces mots, de chaque côté d’un discours oral, nourrissent la conversation pour qu’elle se poursuive.

Ils n’ont pas de sens en eux-mêmes, comme allô ou hunhun, mais ont toutefois une utilité. Les groupes de mots tels que « vous me suivez ? » ou « vous avez bien compris ? », s’ils ont un sens sémantique, n’ont de but que de s’assurer que le contact est toujours établi.

Elle peut aussi s’accomplir par le biais de langage corporel comme un hochement de tête, des gestes de la main qui invitent à poursuivre, etc.

Une petite vidéo humoristique en parle d’ailleurs pas trop mal :

Pourquoi c’est important ?

La fonction phatique a cela d’important qu’elle, comme je l’ai dit, nourrit le dialogue et le permet. L’absence de celle-ci, de réponse de l’interlocuteur ou de vérification du locuteur que le courant passe, et le dialogue se transforme en monologue ou en discours.

J’ai, par exemple, le plus grand mal à parler à quelqu’un qui m’écoute en étant sur son téléphone et ne donne aucun signe même imperceptible de compréhension de ce que je raconte. Le silence de mon interlocuteur me rend moi-même muette, parfois à la surprise de la personne à qui je m’adresse. J’ai besoin de savoir que la personne entend ce que je dis, dans le double sens à la fois d’écouter et de comprendre.

La fonction phatique est donc un prérequis à un véritable dialogue, et la question que je voulais poser était de savoir comment la retranscrire à l’écrit, dans un récit.

Une volonté de retranscription absurde.

Cet intertitre vous gâche la suite de mon raisonnement, mais il était important de le souligner (enfin, le mettre en exergue du moins, vu qu’il n’est pas souligné).

Tous les mediums n’utilisent pas les mêmes ressorts et la fonction phatique s’appuie sur deux éléments que j’ai pu énoncer plus tôt : l’oral, et le visuel ; avec des mots sans sens intrinsèque ou du langage corporel.

Ainsi, il sera aisé pour une œuvre audiovisuelle de s’assurer de la retranscription de cette fonction, puisque c’est là le rôle des acteurs et actrices, ainsi que de la caméra de faire comprendre comment et où se dirige le dialogue. Il en est de même dans le jeu vidéo, et à moindre titre en BD ou manga, avec des phylactères entremêlés, des onomatopées, des points d’interrogation au-dessus d’une tête pour signifier une réaction face à un événement ou une parole. Ces médiums ont l’avantage d’avoir accès à l’un et/ou l’autre des deux sens sur lesquels repose cette fonction.

Ce n’est pas le cas d’un récit écrit qui ne repose que sur de l’abstraction puis de l’imagination. Les mots ne sont qu’une convention d’écriture généralisée sur lesquels nous mettons un sens et qui résonnent ensuite en nous pour nous aider, lorsque c’est bien fait, à se projeter mentalement la scène qui se joue dans les pages que l’on lit.

Alors comment quand-même traduire la fonction phatique ?

Si vouloir la retranscrire telle quel est absurde, il est néanmoins (ou Voldemort certains diraient) possible de l’écrire. C’est alors le rôle des incises et de la narration qui va entrecouper les répliques. Une incise va préciser la façon dont s’exprime le locuteur, mais aussi à l’attention de ses interlocuteurs, et la narration qui entrecroise les différentes répliques permet de savoir comment se déroule le dialogue.

– C’est pour toutes ces raisons que nous devrions attaquer dès l’aube mon Sénéchal, conclut Lewis, ses yeux rivés vers la carte se relevant vers son supérieur en quête d’assentiment.

Celui-ci ne répondit pas. Il fixait la carte plus que son subalterne, des grommellements de réflexion agitant sa moustache impériale par moment.

– Je dois admettre que je ne trouve rien à redire à votre plan Lewis, émis à voix basse le sénéchal, si ce n’est qu’il supplante le mien en tout point. Vous avez mon accord, préparez les troupes.

Lewis soupira sous les yeux grondants du Sénéchal.

– Bien sûr, ce sera mon idée Lewis. Vous être trop jeune pour être à l’origine d’un tel plan, vous comprenez ?

Voilà un exemple (non-exhaustif, vous connaissez la chanson) d’éléments de fonction phatique que nous pouvons incorporer dans un dialogue.

Bref

La fonction phatique sert à s’assurer qu’un dialogue est vivant, qu’il ne meurt pas, et c’est de cela qu’il retourne lorsque je me suis posé la question d’une retranscription à l’écrit. C’est une question absurde comme peu en sont, et l’on n’est pas obligé de faire comme je le présente, loin s’en faut ! Des auteurs et autrices s’en sortent extrêmement bien sans appuyer comme je l’ai fait dans l’exemple, de façon moins appuyée ou juste différemment. Je voulais juste illustrer ce que je racontais.

N’oubliez simplement pas qu’un dialogue se vit à deux a minima. En-dessous, cela devient un monologue. Et un monologue, sauf exception, c’est vite chiant, surtout quand plusieurs se succèdent.

Bosi-e

P.S : Finalement, vous aurez eu l’article absurde avant l’autre.
P.P.S : Saviez-vous que les chats miaulent surtout pour communiquer avec les humains, alors qu’ils sont plutôt du genre mutique à l’état sauvage. Je n’ai plus la source, et il se peut que ce que je raconte soit faux, mais je m’en suis rappelé, je me disais que cela ferait une bonne anecdote.
P.P.P.S : Cette anecdote sert aussi à introduire la vidéo de fin. Vous saviez que les animaux peuvent être latéralisés ?

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