Et de treize : Parlons féminisme (ce ne sera pas la dernière fois)

Aujourd’hui je vais vous parler d’un truc que j’ai encore vu dans la dernière œuvre que j’ai lu, et qui a le don de m’agacer, mais qui relève aussi d’un biais bien sexiste duquel il faudrait se défaire. Avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous mettre une chanson en tête (promis, ça a un rapport avec la suite) :

Le syndrome de la Schtroumpfette

« La féminité n’est pas une incompétence. Elle n’est pas non plus une compétence. »

Françoise Giroud

Est-ce que vous avez déjà entendu parler de ce syndrome ? Peut-être non. Pour ceux pour qui ce n’est pas le cas, laissez moi vous raconter une histoire.

Il est un village champignon habité par d’adorables êtres malicieux bleus, nommés Schtroumpf. Chacun des habitants est caractérisé par un attribut. Il y a le coquet, l’intellectuel à lunette, le costaud pas futé, le coquet, le bricoleur et puis… Et puis il y a la Schtroumpfette, qui a pour seul attribut le fait d’être la Schtroumpfette.

Schtroumpf alors, comme écrirait donc feu Peyo, mais c’est fort interloquant !

Nous avons un bataillon de masculin tous distinguables par des adjectifs plus ou moins mélioratifs ou présentés comme tels. Mais le féminin ne s’exprime que par le féminin. Il y a un Schtroumpf, enfin, un hic.

En quoi ça consiste ?

C’est plutôt court, mais assez clair. Il semblerait que l’expression (Smurfette principle en VO) vienne de Katha Politt pour le New York Times, en 1991, où elle exprime que dans nombres de séries, les personnages masculins sont la norme tandis que les personnages féminin (souvent unique au casting par ailleurs) sont la variation. Les filles n’existent alors qu’au travers de leurs relations avec les différents garçons du groupe.

Qu’un personnage ne se définisse qu’au travers de ses relations avec les autres protagonistes est un souci en écriture. Un personnage doit exister par et pour lui-même (à moins que le propos de ce personnage soit qu’il ne sache pas exister de façon indépendante. Ça peut !), mais le fait que ce soit un personnage féminin ramène un fantasme d’inféodation de la femme à l’homme qui n’existerait que pour le(s) servir dans un système patriarcal. Entre nous, c’est pas très post-metoo #2022.

Plusieurs ajouts

Tout d’abord, outre le fait que la femme ne se rapporte qu’aux hommes dans ses relations et son écriture, le fait qu’elle soit unique dans l’histoire est un problème. Je ne saurais compter le nombre d’œuvres où il n’y a qu’une seule femme, dans les œuvres plus anciennes comme plus récentes.

Par exemple, il n’y a que Bianca Castafiore dans les aventures de Tintin, pour un monde quasi-exclusivement masculin par exemple, tandis que chez les Avengers il n’y a que la Veuve Noire, qui est très souvent mis physiquement en valeur plus pour ses formes que sa formation d’espionne !

Cherchez des gif de Black Widow, c’est sans équivoque, sans oublier la manière dont elle est filmée, mais ça, c’est du male gaze.

Alors que je rédige ces lignes, je me rends compte que c’est le cas de Légende de Gemmel aussi, des Chroniques de Krondor de Feist (même si la longueur de la saga multiplie les personnages féminins de fait, celles-ci restent minoritaires et ont souvent une place inférieure à celle des hommes !) Ce manque de protagonistes féminin, s’il tend à se réduire un peu de nos jours à mon impression, amène un manque cruel de représentativité de personnages indépendants et développés pour les femmes, et ce quel que soit le genre !

Le second ajout que je ferai serait de compléter la définition de ce syndrome. Si on ne parle que de la présence d’une femme unique au sein d’un groupe dans le récit, il ne faut pas oublier que bien souvent cette femme se résume à son corps, à sa féminité.

Là où le bat blesse, c’est qu’il est assez compliqué, si ce n’est impossible, de définir la féminité tant les frontières de genre sont en réalité floues au sein de notre société (N’allez pas lire Judith Butler, c’est écrit avec le pire style universitaire du monde. Mais allez quand même la lire). Et que c’est réducteur. Tandis que chez les Schtroumpfs, les membres masculins peuvent êtres costauds ou plus faibles, inventifs et débrouillards ou intellectuels, farceur ou sage… voilà que la femme ne saurait être que cela : une femme qui se doit d’incarner un fantasme initié par un regard masculin.

Une femme n’est pas une paire de jambes avec un corps en sablier et de long cheveux sable soyeux qui volent dans la brise sans s’emmêler. Une femme est aussi plurielle que peut l’être un homme et il serait charmant de le garder en tête lorsqu’on en représente une dans son récit.

Bref.

Le syndrome de la Schtroumpfette, c’est un syndrome résolument sexiste émanant d’un regard biaisé par un sexisme environnant. Il faut aussi ajouter qu’il peut être amené par l’auteur.e de manière consciente ou inconsciente. On ne s’en rend pas forcément compte lorsqu’on écrit, et c’est pourquoi il faut y faire attention.

Surtout que ce n’est pas compliqué : ayez plus d’une femme si vous suivez un groupe de personnages, et développez-les autrement que pour et par leurs corps.

Bosi-e

P.S : J’ai deux jours de retard sur mon planning d’un article toutes les 3 semaines, mais je tiens plutôt le rythme. Je suis (presque) fière de moi !
P.P.S : J’ai croisé ce syndrome comme je le disais dans le dernier livre que j’ai lu, et pour dire, la femme (unique donc) était le seul personnage à avoir une description… qui venait d’un regard masculin qui l’objectifiait. Pas ouf du tout.
P.P.P.S : C’est à rapprocher du test de Bechdel !
P.P.P.P.S : Voilà la vidéo de fin, on ne change pas les bonnes habitudes.

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