Et de douze : I’m the bad guy. Duh.

On continue dans les articles issus de discussions qui sont arrivées sur le discord de l’Imaginarium, toujours le même que là où j’ai proposé le concept de #Speedwriting (vous saviez que les commentaires sont ouverts sous ces petits textes ? Non ? Maintenant c’est le cas. Le monde est bien fait vous ne trouvez pas ?)

Après une question sur les limites de la souffrance (voir les deux articles précédents), est survenue une nouvelle question qui, somme toute, restait dans la même lignée :

Qu’est-ce qui fait un bon méchant ?

Ça méritait qu’on s’attarde sur la question, c’est donc, le plus logiquement du monde, ce qu’on a fait.


Comme les hommes sont quelquefois méchants, mettez-vous en état de faire du mal, seulement afin qu’on n’ose pas vous en faire.

Marivaux

Un méchant n’est pas un antagoniste

Il est important de dissocier les deux, chose qui n’avait pas été faite au début de notre discussions, je dois l’admettre. Ici, nous allons parler des deux toutefois, mais pour que tout soit clair, on va faire un petit tour du côté des définitions. Parce que les définitions, c’est toujours bien.

Méchant

Qui fait intentionnellement du mal à autrui, qui cherche à nuire.

Antagoniste

Qui s’oppose à quelque chose, qui y est contraire.

L’antagoniste n’est pas forcément méchant, mais le méchant est souvent antagoniste. L’antagoniste, dans une histoire, est plus là pour mettre à l’épreuve le protagoniste, que ce soit sur le plan psychologique ou moral. Tandis que le méchant, induisant la notion de mal, va être là pour mettre en exergue les valeurs du protagoniste.

Un bon méchant est un méchant développé

C’est assez fou comme on en revient toujours aux mêmes principes, mais un bon élément d’intrigue après tout répond toujours aux mêmes règles : qu’il soit travaillé, développé. En un mot comme en cent, qu’il soit pensé.

Un méchant mémorable, pertinent, c’est un méchant qui va être développé. Si le but n’est pas ici l’identification, comme c’est le cas pour les protagonistes, il faut toutefois pouvoir comprendre les motivations qui animent l’opposant. Il faut qu’il ait de la substance.

Ses buts doivent être clairs et compris par la personne qui lit, et donc ils doivent avoir été présentés. Par exemple, il peut se poser en tant que méchant / antagoniste par le simple fait que ses buts soient incompatibles avec ceux du protagoniste. Chacun voudrait retrouver, tel Indiana Jones, la même relique, ce qui les placerait en opposition immédiatement.

Un méchant peut être caricatural. J’aime personnellement de tout mon petit myocarde les clichés. Mais ça ne marche pas dans toutes les histoires, et ça ne sert à rien de rendre un méchant monstrueux pour accentuer son côté diabolique ou néfaste. Le rendre plus humain, ou du moins plus semblable au protagoniste, est une façon de mettre sa malveillance en exergue.

Il faut, comme toute péripétie, comme tout personnage voué à avoir un intérêt, comme tout bouillon de poule mijoté pendant des heures, que ce méchant ait une saveur. Il ne faut pas qu’il soit fade, méchant pour être méchant ou pour le scénario.

Un bon méchant à un but

Le but, je l’ai abordé précédemment comme élément de définition du méchant, comme moyen pour lui donner corps et épaisseur. Mais plus qu’un élément du méchant, le but est une caractéristique qui ne peut en être défaite.

Il n’y a rien de pire que le méchant qui est méchant parce que c’est méchant d’être méchant et que le destin / le scénario (rayer la mention inutile) l’y a contraint. Celui qui, dans une œuvre de Fantasy (ou autre), sème le chaos dans les terres désolées mais que jamais ô grand jamais l’auteur n’explique pourquoi il fait ça, pourquoi il est là, comment il y est arrivé … Bien sûr, il n’est pas nécessaire de lui écrire une biographie en trois volumes, mais une contextualisation du méchant, de la menace en fait, est un élément important pour qu’on se rende compte de ce à quoi s’oppose le protagoniste.

Ce but peut être bien entendu tordu, vicié, mais il doit être légitime pour celui qui l’énonce, cohérent dans sa logique des choses. Si discours fleuve du grand méchant il doit y avoir, il faut que le lecteur ou la lectrice puisse le lire et se dire « mais pourquoi pas, iel a pas tort », au moins en première lecture, avant de remettre ces paroles en questions pour comprendre où ça ne va pas.

Un méchant serait quelqu’un qui prend une position autre ou opposée à celle du protagoniste, mais qui pourrait avoir autant de valeur que la sienne.

L’essence du méchant

Un méchant est là pour faire le mal. Il peut le faire au sein d’un set de valeurs différent de celui qu’on connaît, mais il est là pour faire le mal : ce qui est répréhensible, dévoyé, perfide.

Il est intéressant de créer, malgré ce que j’ai pu écrire, des méchants qui le sont au-delà de toute caricature, car tout comme la violence et la souffrance, il existe aussi des personnes qui sont mauvaises au-delà de l’imaginable. L’histoire nous l’a prouvé, à plus d’une reprise malheureusement. J’ai découvert, le soir où j’ai écrit cet article, Irma Grese, qui est un abject exemple de ce que j’avance ici, mais je déconseillerai à toute personne sensible d’aller voir ce qu’elle a fait durant la seconde guerre mondiale.

Il y a des racistes, des vrais cons, des gens violents qui n’ont aucune excuse si la violence pouvait jamais être excusée, des personnes odieuses, terrifiantes à en pleurer et à en cauchemarder. Et la littérature, l’art permet alors de se demander comment faire face à ce mal, qui selon les époques, devient parfois ordinaire.

D’un autre côté, un méchant peut l’être sans en avoir conscience. Et sa non-conscience du mal peut être à son tour un élément constitutif à la fois du personnage et de l’intrigue. Cela peut être à cause d’un manque de compréhension des normes morales et sociales, ou simplement à cause d’une puissance si démesurée que les actes tyranniques que perçoivent les autres ne sont pour lui que des actes banals. Son pouvoir l’a placé au-dessus des autres, et c’est juste un fait pour lui, rien de plus. Et là encore, la dualité des points de vue, l’opposition sera à traiter dans l’histoire.

Bref.

Scénaristiquement, un méchant, à défaut d’être le méchant, peut être un événement qui servira à amener plus loin le protagoniste, à construire son histoire : comment y réagit-il ? Comment s’en remet-il ?

C’est au final une question de projecteur. Si la lumière est sur le méchant, il faut qu’il ait une personnalité, une histoire, une profondeur. Si la lumière est sur le protagoniste, on va s’intéresser à ses réactions, et plus facilement pardonner le manque de détails du méchant.

Une bonne manière d’appréhender les méchants, à mon sens et comme pour tout, c’est aussi et avant tout de se renseigner. Je vais faire cliché mais : comment Hitler, Ceausescu ou Mao Zedong en sont arrivés à faire ce qu’ils ont fait ? Comment Edward Gein est devenu ce tueur en série horrible ? Mais aussi dans la mythologie : la figure du trickster, Loki ou Ratatoskr, sont des sources d’inspirations inépuisables pour s’approprier cette idée de méchant / antagoniste.

L’idée n’étant pas de reproduire à l’identique des figures de méchants mais de s’intéresser à leur histoire, leur fonctionnement, leur schéma de pensée pour en tirer la substantielle moelle, au lieu de simplement plaquer des comportements qu’on ne comprendrait pas.

Un dernier conseil afin de faire un méchant valable, cohérent, et d’une manière simple : mettez des sets culturels différents pour lui et les protagonistes (l’un condamne l’esclavagisme et pas l’autre, l’un pour qui les duels à morts sont normaux et pas l’autre…), sans bien sûr mettre tout les sales côtés dans un seul set !

Personnellement, j’attends d’un méchant qu’il fasse se questionner sur les choix que chacun fait, sur l’humanité, etc. J’attends de pouvoir, grâce à lui, me demander en le lisant comment on peut finit aussi amer, aigri, en colère, sans empathie et/ou à espérer que je ne vienne jamais à ressembler de près ou de loin à cette personne. Que jamais ma fin ne justifie mes moyens.

Bosi-e.

P.S : Je rajouterai en mot de la fin que, les histoires sans méchants, ça existe. On a pas l’habitude et je n’en ai pas forcément en tête à vous proposer je l’avoue, mais des complications et péripéties n’impliquant pas d’êtres sentients ça se fait au final ! La figure du méchant n’est pas nécessaire !
P.P.S : Je suis désolée, je ne sais pas ce que j’ai avec les titres qui reprennent des paroles de chanson en ce moment. promis, le prochain sera plus explicit.
P.P.P.S : Même si le titre est « Et de douze« , en fait c’est le vingtième article du blog !
P.P.P.P.S : On écrit banals avec un -s et pas banaux, parce que banaux vient des ban. Les fours banaux étaient les fours qui appartenaient à un seigneur et que les sujets louaient pour faire cuire leurs pains. Voilà, vous aurez appris un truc utile.
P.P.P.P.P.S : Je n’ai pas voulu faire d’article sur le mal, et c’est pour ça que je n’ai pas d’avantage développé l’idée de qu’est-ce que le mal, je suis restée vague sur cette notion. Le but était bien de parler du méchant, du personnage et de comment le créer, et c’est pourquoi je ne me suis pas attardée non plus sur les figures que je cite.
P.P.P.P.P.P.S : Comme pour l’article précédent, quelques remerciements : Knox, Lutine, Oraclium, Shesha, Ryu, Illy, SerialPOkiller, et les autres qui ont donné du grain à moudre à cette conversation !
P.P.P.P.P.P.P.S : Pour finir, la vidéo traditionnelle, avec des gens qui s’opposent à une méchante réécriture de l’histoire :

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