Et de dix : Le Rasoir d’Ockham

Le Rasoir d’Ockham n’est pas un album de Tintin faisant suite au Sceptre d’Ottokar.

Bonjour, aujourd’hui je vais vous parler d’un principe philosophique et scientifique du XIVe siècle et pourquoi il est important aussi en écriture.

Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes.

C’est quoi le Rasoir d’Ockham ?

C’est un principe de philosophie qui peut être expliqué par « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?« .

Maintenant que j’ai dit ça, oubliez-le, ça risque de vous induire en erreur. Alors reprenons avec un peu d’histoire. Ce fameux rasoir vient du terme de philosophie raser qui signifie « éliminer les hypothèses improbables« , et on le doit à un certain Guillaume d’Ockham.

On appelle aussi ce rasoir le principe d’économie, qui en latin (pour se la péter) donne :

Pluralitas non est ponenda sine necessitate

Les multiples ne doivent pas êtres utilisés sans nécessité

Ce principe demande une chose simple : ne pas multiplier les axiomes et les prémisses pour répondre à un problème, afin de ne pas multiplier les variables et donc l’incertitude. Il faut privilégier les réponses qui sont les plus simples.

Là vient toutefois une nuance qui, comme toute nuance, a son importance : simple ne veut pas dire simpliste. C’est-à-dire que l’explication à privilégier doit être cohérente, adéquate, sensée afin de répondre au problème posé. Et si deux explications sont tout aussi cohérentes, adéquates, sensées, alors on prêtera d’abord attention à laquelle est, sinon avare, la plus parcimonieuse dans ses fondements.

Limites du Rasoir d’Ockham

Pour parler des limites du Rasoir d’Ockham, il va falloir que je vous sorte deux gros mots (pardon) :

Ontologie

Étude de l’Être dans sa globalité.

En somme : c’est quoi l’Univers ?

Épistémologie

Étude de la connaissance des sciences, de ses postulats et méthodes.

En somme : la science qui analyse les sciences. Mise en abîme, tout ça tout ça.

Épistémologiquement, il faut privilégier les théories nécessitant le moins d’axiomes afin de réduire les variables, afin de limiter au maximum les inconnus. Plus on a d’inconnus, moins on est sûr de ce qu’on avance, et plus il y a de risques de biais (faites une étude avec 12 variables alors qu’il vous en aurait suffit que 2 initialement et vous verrez). Dans ce contexte donc, le rasoir se confirme plutôt.

Ontologiquement, eh ben le rasoir ne fonctionne pas (forcément). C’est vrai ça, après tout, il n’y a aucune raison pour que quoi que ce soit ne soit simple. On essaie de rationaliser, d’expliquer, et une théorie scientifique n’est valable que jusqu’à ce qu’elle soit déboutée. On essaie de faire le plus « simple », mais il n’y a rien qui ne prouve que ce soit juste pour autant…

Dan Simmons, dans L’Épée de Darwin, rejette d’ailleurs le rasoir par le biais de cette citation (somme toute assez drôle, admettons-le) :

Toutes choses étant égales par ailleurs, la solution la plus simple est généralement une ânerie.

En Écriture

Je ne saurais jamais assez conseiller le Rasoir d’Ockham à tous les créateurs et créatrices d’histoires, qu’elles soient débutantes ou confirmées.

Avant de chercher à créer une histoire complexe, cherchez à écrire une bonne histoire.

  • Enlevez le superflu. Tout ce beau lore que vous avez écrit sur des centaines de pages de notes n’est pas important pour le ou la lectrice. Il l’est sans doute pour vous, et vous en êtes fier (et vous avez toutes les raisons de l’être). Mais ces 500 ans d’héritage monarchique et de traditions cabalistiques que vous avez décrit avec force détails ne sont juste important pas pour l’histoire… Sauf si vous souhaitez assommer celles et ceux qui vous lisent, évidemment !
  • Combinez les protagonistes lorsqu’un seul suffit. En somme, tout l’inverse de la dilution fonction-sujet (promis, je m’y attaquerais dans un article un jour). Si un protagoniste est suffisant pour remplir plusieurs rôles, alors faites les lui remplir ces rôles. Façonnez 3 personnages profonds, complets, en relief, avant de vouloir en façonner 12 différents !
  • Ne multipliez pas les sous-intrigues, et encore moins avant que la trame principale ne tienne la route. Il vaut mieux avoir une bonne intrigue principale linéaire plutôt qu’une mauvaise qui s’éparpille avec bien trop de ramifications pour être raisonnable.

Ce ne sont là que des conseils généraux, loin d’être exhaustifs, j’en conviens. Mais lorsque vous écrivez, lorsque vous créez, gardez en tête ce rasoir, ce principe de simplification et de parcimonie. Il vous aidera, normalement, à écrire un peu mieux. Du moins je l’espère.

Et souvenez- vous :

La complexité n’est pas le signe d’une grande histoire.

Bosi-e

P.S : Pour une fois, mes sources se résument à l’article Wikipédia et quelques définitions du CNRTL sur le sujet, je me permet donc de ne pas ajouter les liens. Vous savez faire une recherche internet si besoin est, non ?
P.P.S : En parlant de recherche internet, après être passée sur Qwant pendant quelques années, puis revenue sur Google parce que je n’étais pas satisfaite, je me suis maintenant tournée vers Écosia. On verra ce que ça donne en terme de pertinence. Peut-être avez-vous des suggestions d’autres moteurs de recherche qui fonctionne bien ?
P.P.P.S : Puisque l’article a commencé en parlant de Tintin, finissons aussi en parlant du célèbre journaliste belge :

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