[Presque Critique n°1] La Passe-Miroir

Nous sommes le 21 octobre 2021, et j’en suis à plus de la moitié de la Tempête des Echos. Je finirai sans doute cette critique (si je puis l’appeler ainsi) lorsque j’aurais terminé ce tome. Sans doute ce soir, pour le tome, pas la critique.

J’ai ressenti envers cette histoire une tempête d’émotions comme rarement pour une lecture.

Un peu plus que cela, même.

Il faut lire cette série.

Bonjour. Moi c’est Bosi-e, et je vais vous parler de La Passe-Miroir de Christelle Dabos, série française complétée en 4 tomes.

Bon, par où faut-il commencer. Je pense que je vais faire l’impasse sur beaucoup de choses concrètes relatives à cette histoire, je crois que beaucoup de gens ont déjà pu écrire dessus. Le phénomène littéraire qu’a été, et est encore, la Passe-Miroir, l’engouement autour de cette série en témoigne : c’est une bonne histoire. Une sacré foutue histoire comme j’ai rarement eu l’occasion d’en lire, alors que bon, j’ai lu pas mal de trucs dans ma vie.

La Passe-Miroir, je l’ai repoussé. Pendant 3 ans au moins, sans doute plus. J’ai vu sortir et j’ai dédaigneusement reposé le premier tome en pensant une sorte de « pfff, encore une saga jeunesse que tout le monde prie, je passe mon tour. En plus elle a quoi de si spécial cette couverture-là. » Notez donc mon intarissable mauvaise foi, et mon rejet viscéral (et donc débile puisqu’irréfléchi) de tout ce qui touche d’un peu trop près un engouement général (j’aime pas Game of Throne, même si j’ai eu le courage d’essayer de le lire au moins celui-là !). J’ai donc oublié cette série, jusqu’à ce qu’une ancienne partenaire (mon ex donc), véritable fan de cette série, des étoiles dans les yeux en l’abordant, m’en reparle. Et que de mon piédestal gustatif qui vaut mieux que celui des autres (oui, je me trouve moi-même antipathique, ne vous inquiétez pas), je ne daigne pas le lire à nouveau. Alors qu’elle aurait aimé que je le lise et partage cela avec elle. Pardon pour ça. Et puis début octobre, j’ai acheté le tome 1. Parce que j’étais dans une librairie où je cherchais des ouvrages que je ne trouvais pas, et que je me suis dit que j’étais quand même bien bête, et que je devrais donner une chance à cette histoire, il ne faut pas juger un livre à sa couverture dit le dicton, et la valeur d’une œuvre à l’engouement qu’elle suscite.

J’ai fini le tome 1 en une journée. Je l’ai commencé le matin et fini le soir, un peu avant minuit. Je suis allée me procurer la suite moins de dix jours après, et mon porte-monnaie m’en veut encore.

Des claques littéraires aussi j’en ai eues. Je me souviens de ce moment de révolte, de peine, de jubilation à m’en faire pleurer lorsque, lisant La Nausée de Sartres, le protagoniste se lève pour défendre cet homosexuel. Le passage m’échappe, les sentiments restent. Je me souviens de ce malaise constant en lisant le Voyage de Monsieur Lee de Kim Won Il, un dégoût envers le personnage principal au moins aussi fort que celui qu’il ressentait envers lui-même. Je me souviens de ces moments où je posais à côté de moi Chez Soi de Mona Chollet, ou Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, avant de fixer le vide qui m’environnait, un « merde » ponctuant mes pensées comme si une révélation digne d’un Nirvana personnel venait de s’offrir à moi, comme si j’avais débloqué, l’espace d’un fragment d’instant, une compréhension qui m’était jusqu’alors inconnue, inatteignable. Je me souviens de l’angoisse et l’appréhension pour Offred lorsque j’ai terminé La Servante Ecarlate de Margaret Atwood.

Et pourtant je n’ai jamais ressenti autant de choses qu’en lisant la Passe-Miroir. Oh, je dois l’avouer que je n’ai pas eu la constance du malaise ressenti devant l’œuvre de ce coréen, je n’ai pas eu ces nirvanas, je n’ai pas eu ce moment en apex qui récompensait au moins pour ce moment précis ma lecture. Je n’ai pas eu tout ça. Mais j’ai eu pire.

J’ai lu ces livres comme si j’avais lu Ophélie, comme si l’être qu’elle était, bien palpable, était devenue objets reconstitués dans ces 4 tomes et environ 2000 pages. J’ai haï en lisant ce livre comme j’ai rarement ressenti cette émotion. Je me suis inquiétée, j’ai été en colère, j’ai fermé ce livre un nombre certain de fois parce que je ne supportais plus de voir une page de plus souffrir la femme que je suivais depuis un, deux, trois, puis quatre tomes. J’ai engueulé Ophélie de mettre autant de temps à s’émanciper, et j’ai pleuré lorsqu’elle a dû s’abandonner pour que son enquête progresse. J’ai insulté l’autrice, qu’elle me pardonne si possible, d’avoir mis autant de temps elle aussi à ce que la relation entre son héroïne et Thorn s’approfondisse, et j’ai ressenti un profond apaisement lors des rares moments d’intimités qu’ils partageaient, ensemble. Ainsi qu’une peine insondable alors qu’ils sont, furent, seront séparés.

Des moments que je pourrais décrire comme cela, je pourrais en écrire encore un bon nombre, mais je pense que vous avez saisi.

J’ai détesté La Passe-Miroir parce qu’elle m’a mise face à un flot d’émotions intarissables, phrases après phrases, que j’aurais souhaité refoulé. Il a ouvert en grand un barrage de sentiments jusqu’aux larmes. La Passe-Miroir m’a impliqué dans sa lecture plus que jamais, au point d’avoir à côté de moi ce dernier tome bientôt terminé, que j’ai refermé pour saisir mon ordinateur. J’avais un besoin urgent de m’épancher sur eux, sur l’histoire, ses personnages, l’univers.

J’ai … véritablement détesté l’ambiance malsaine du Pôle faite de faux-semblant, de gens incapables d’exprimer leurs sentiments (coucou Thorn !), la compétitivité absconse de la Bonne Famille qui empoisonne les relations et qui était bien trop réaliste, j’ai aussi haï l’Observatoire des Déviations et tout ce qu’il impliquait comme métaphore pour faire rentrer dans le rang ceux qui ne sont pas assez normés.

Si vous lisez encore cette critique, qui n’en est pas vraiment une, je me dois de réitérer ce que j’ai dit au tout début : il faut lire cette série. J’aurais beau accoler à ces livres la pléthore de verbes négatifs que je connais, il ne faut pas me croire, du moins pas au pied de la lettre. Cette série est formidable, et si j’ai pu exprimer ma détestation, c’est uniquement parce que ce que j’ai lu avait été créé, écrit d’une main de virtuose.

Christelle Dabos a créé un univers prégnant, palpable, terrible. Un univers merveilleux où l’on aimerait s’attarder plus que 4 tomes, un peu personnellement comme une curiosité morbide face à un accident sur l’autoroute. Christelle Dabos a poli un miroir de notre monde, avec un cadre suffisamment orné et décoré pour nous faire croire qu’il s’agissait d’un autre. Elle a écrit ce qui est sans doute une des plus belles sagas littéraires que j’ai eu l’occasion d’avoir entre les mains, et je suis infiniment heureuse que celle-ci soit française pour percevoir toute la fluidité de son écriture que la traduction n’offre malheureusement parfois pas (voir P.S.). La richesse de la langue qu’elle nous offre, sa diversité est sans mesure avec ce que j’ai pu lire ces dernières années.

Bref

La Passe-Miroir est bien plus qu’une flopée d’épithètes que je ne saurais exprimer, et je vous recommande de le lire, à votre rythme, lorsque vous en aurez envie. Mais lisez-le.

C’est l’histoire d’une femme à qui on ne laisse pas faire ses choix et qui va essayer de s’octroyer sa vie, qui va s’oublier dans un nous improbable et pourtant si puissant. C’est l’histoire d’un monde qui s’écroule, qui s’effondre : le sien. Un peu trop littéralement, un peu trop à cause d’elle peut-être. Au final, c’est n’est qu’une quête pour se construire, se voir déconstruite, et se reconstruire, seul.e ou accompagné.s. Il n’empêche que c’est une sacré foutue belle histoire.

Bosi-e

P.S : (Aparté : je lis ou regarde des œuvres majoritairement en VF, et je respecte grandement le métier de traducteur, en ayant malheureusement conscience de tout ce qu’implique le passage d’une langue à une autre, autrement dit une re-culturation de ce qu’a produit son auteur ou autrice. J’en parlerais peut-être un jour plus en détail).

P.P.S : Roseline est la meilleure. Cette meuf est fantastique, un vrai modèle ! You Go Girl !

P.P.P.S. : Les couvertures sont magnifiques en vrai. Sérieusement, elles sont superbes. Les illustrations de Laurent Gapaillard donnent une dimension supplémentaire à cette saga déjà bien épaisse, et je regrette d’avoir dû tant chercher sur la couverture pour trouver son nom finalement en tout petit !

P.P.P.P.S : J’ai fini cet article avant même de finir le tome 4 finalement. C’est pas grave, je pense avoir dit tout ce que j’avais à dire dessus. Je sais que je vais ressentir un grand vide lorsque j’aurais lu la fin, que je me suis déjà permise d’aller feuilleter déjà parce que je m’auto-divulgache. Et du vide, un peu apaisé, un peu mélancolique, c’est ce que je ressens en écoutant cette musique.

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