Et de neuf (partie 1): Le rôle de l’auteur.

« Le talent seul ne suffit pas pour faire un écrivain. Derrière un livre, il doit y avoir un homme. »

Ralph Waldo Emerson.

Il est évident qu’un livre ne s’écrit pas tout seul, ce serait sinon fantastique (ou horrifiant, cela dépend de vos affinités). Derrière tout œuvre,  il y a un auteur (ou une autrice). Et c’est de cette personne que nous allons parler aujourd’hui.

Pour être plus précis, nous allons aborder son rôle. À quoi ça sert un auteur finalement ? Quel est la raison d’être de l’auteur, pourquoi et comment fait-il ou fait-elle ?

L’auteur est extradiégétique

Premier point sur lequel il faut s’attarder pour être sûr de ce que l’on parle. L’auteur est à différencier du narrateur. Tandis que le narrateur fait partie intégrante de l’histoire, quel que soit le point de vue usité, l’auteur est quand à lui extradiégétique : il est extérieur à l’œuvre, et ce bien qu’il en soit aussi son démiurge. L’auteur est l’être physique responsable de la création de quelque chose, tandis que le narrateur n’en est qu’un produit qui simule le démiurge au sein de l’œuvre (ou du moins au sein du pan de l’œuvre qu’il narre).

Ceci pourrait être résumer par cet aphorisme :

« Si le narrateur est là pour raconter l’histoire, l’auteur est là pour écrire une histoire. »

Ainsi, en partant de ce postulat, de cet axiome, on peut en venir au point suivant :

L’auteur est seul.e responsable de son œuvre

L’auteur ne peut partager son rôle avec autrui, sauf dans le cas évidemment d’une création conjointe.  L’auteur reste le seul maître capable de décider de la direction que prendra son œuvre.

Si l’auteur a pour but de divertir son audience, ce sera en ses termes, et seulement les siens. Dès lors que l’auteur se laisse guider par ce que réclament les spectateurs, il perd de vue le rôle qui est le sien et qui est d’écrire son histoire, de sculpter sa sculpture, de filmer son film, etc… L’auteur n’est plus alors auteur, mais juste faiseur, intermédiaire dans le processus créatif.

L’auteur est seul.e responsable de son œuvre, et cela étant, c’est à lui de choisir comment et dans quelles mesures il va divertir son audience. Pour illustrer ceci, je prendrai le cas du roman asiatique, et principalement celui de Haruki Murakami :

Dans un roman, le lecteur (ou la lectrice) européen s’attend à ce que chaque branche de scénario amorcée soit résolue, ou du moins sa majorité. Il s’attend à ce que les intrigues soient dénouées. Et pourtant, ce n’est bien souvent pas le cas chez Murakami, et dans la littérature asiatique en général en fait (de ce que je pu en témoigner).

L’auteur ayant pour rôle d’écrire une histoire, c’est à lui ou elle de choisir jusqu’où et dans quelles circonstances.

Murakami s’arrête souvent une fois l’intrigue principale résolue, laissant souvent beaucoup d’intrigues secondaires en suspens. Qu’à cela ne tienne. Il est allé au bout de son rôle qui était d’écrire l’histoire qu’il avait en tête.. Plus et cela aurait été une autre histoire, ou un autre auteur (il en parle d’ailleurs dans 1Q84, via la réécriture de La Chrysalide de l’air).

Si l’auteur est ainsi responsable de son œuvre, il en devient aussi indissociable. L’auteur est inexorablement lié à son œuvre. Il en revient alors à lui-même d’assumer (ou non) sa création, de la perfectionner (ou non) comme a pu le faire George Lucas avec la saga originale Star Wars.

JabbaComparison
C’est G. Lucas et lui seul qui est maître de savoir s’il faut changer ou non ce qu’il a pu faire par le passé.

L’auteur doit-il écrire pour une raison précise ?

Si l’auteur est responsable de son œuvre, si l’auteur est présent pour raconter une histoire et pas une autre, l’auteur doit-il avoir un but dans son processus de création ?

Ce n’est pas forcé bien que ce soit souvent le cas. En effet, l’auteur peut choisir de représenter des valeurs auxquelles il tient au sein de son ouvrage. Cela peut ainsi être d’ordre politique (Zola & Dreyfus, S. de Beauvoir via le 2e sexe), d’ordre éthique (les philosophes du XXe), d’ordre philosophique (Sartre, Nietzsche…)  ou bien pour finir cette liste, d’ordre tout simplement artistique (A. Camus, l’Oulipo…).

Pour me recentrer sur l’écriture et non la création en générale, j’ajouterai que l’écriture est un acte de praxis et donc d’engagement. On met ses mots et son corps dans son œuvre, ses idées qui nous sont intimement personnelles et ce au moins dans la façon de les conter. La création en elle-même est Poïésis, mais l’acte d’écriture est praxis. Par cet acte, l’auteur peut amener le lecteur (ou la lectrice) à réfléchir, peut chercher à le convaincre ou le persuader, lui faire ressentir des émotions, il peut représenter ou critiquer son monde, etc.

Après tout, Voltaire disait bien :

« J’écris pour agir. »

Bien entendu, l’engagement va dépendre du contexte dans lequel produit l’artiste, contexte intimement lié à la période historique et politique de l’artiste, mais aussi lié à la période personnelle dans laquelle il ou elle se trouve. Un noir en pleine ségrégation ne créera pas de la même manière qu’un noir aujourd’hui, ni pour les même raisons.

Le romancier pour d’autres se définira ainsi :

« Ce fut une attitude, une sagesse, une position ; une position excluant toute identification à une politique, à une religion, à une idéologie, à une morale, à une collectivité ; une non-identification consciente, opiniâtre, enrage, conçue non pas comme évasion ou passivité, mais comme résistance, défi, révolte.« 

Kundera, L’art du Roman (p.97)

Le rôle de l’auteur

Puisque l’on a définit qui était l’auteur (ou plutôt qui il n’était pas) et une partie des motivations le poussant à créer, j’en viens à mon ultime point qui va clore cet article.

À mon sens, le rôle de l’auteur est avant tout et uniquement de créer

L’auteur crée pour lui-même et pour se libérer de l’histoire qui l’anime. S’il se voit parfois comme un narrateur d’une histoire qui ne lui est pas propre, il en reste l’architecte et le maçon. Il modèle et construit son œuvre selon lui et à travers lui.

L’auteur crée car il a quelque chose à dire et il est le seul à pouvoir le faire (P. Baillargeon), ce qui nous ramène au premier point, l’auteur est présent pour raconter une histoire, celle que nul autre n’aurait pu raconter ainsi et avec les mêmes objectifs.

L’auteur ayant pour rôle de créer, alors c’est ensuite à l’audience de suivre ou non sa prestation. Audience qui n’a, sinon droit de retour, aucun droit de regard sur la création. L’auteur peut créer ce qui éduque et enseigne, relate, choque, ce qui rassure et conforte… mais l’auteur est avant tout là pour créer. Le reste n’est qu’accessoires (utiles certes, et donnant du sens à la création, mais accessoires !)

Bref.

J’avais il y a longtemps entendu (ou lu) Flo dire à propos de ses sagas MP3 que ce n’était pas à lui de tout raconter (je n’ai pas réussi à retrouver où il avait dit cela malheureusement). Flo disait qu’il devait laisser l’auditeur travailler, combler les trous, les manques. Il n’était présent que pour raconter une partie, la partie qu’il souhaitait, et l’auditeur ne devait pas s’attendre à garder un rôle passif lorsqu’il écoutait ses œuvres. Cette position m’avait marqué, et reste toujours présent dans mon esprit.

Ainsi, si l’auteur à un rôle, le lecteur en a un aussi.

Mais ça, ça sera pour le prochain article.

Bosi.

P.S : Désolé de l’attente, mais après toutes ces citations et pour me justifier, je vous laisserai sur une dernière :

« Les mots les meilleurs sont ceux que nous cherchons en vain »
Ivo Andric

P.P.S : Une très bonne chaîne que je recommande grandement.


Les sources de cet article :

Ces sources m’ont aidées dans mes recherches ou inspirées dans la rédaction de cet article.

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