Et de huit (partie 2) : No, it’s Batman.

Désolé pour l’absence. Déménagement et travail m’ont accaparé depuis un mois. 


« Un personnage n’est pas un individu en mieux. »
André Malraux

Si la figure du héros (au sens héroïque du terme) fut longtemps le canvas classique et majoritaire du protagoniste principal, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Un autre schéma l’a même remplacé dans nombre de nos oeuvres contemporaines : le antihéros.

Le antihéros, quésaco ? 

qu'est-ceUn antihéros est avant tout un personnage n’ayant pas de valeurs héroïques (The Punisher), ou s’essayant à l’héroïsme sans avoir les capacités pour l’être (Kick-ass).

Au milieu du XXe siècle émerge le Nouveau Roman. Dans ce contexte, l’antihéros revêt une autre définition : celle du personnage principal qui est ordinaire et sans qualités mais qui vivra des aventures (plus ou moins) extraordinaires.

On trouve aussi la figure du héros négatif parmi les nombreux visages des antihéros. Dans ce cas, les valeurs héroïques du personnage peuvent être nullifiées dans le cadre où il se trouve (un homme courageux dans un monde où la peur serait louée), ou bien il peut user ses qualités héroïques à de mauvaises fins.

De manière générale, l’antihéros présente un décalage avec son contexte ou l’attente que l’on a du personnage central d’une oeuvre.

Ce décalage est la prime caractéristique de l’antihéros et ce qui le définit le plus.

shrekDans le cadre du conte classique (Princesse enfermée, prince charmant subir épreuve pour délivrer princesse, prince se marie avec princesse), Shrek représente la quintessence de l’antihéros puisque Shrek devrait être au mieux l’antagoniste, et se retrouve à endosser la figure du héros par dépit, par résilience. Bien que ce soit aussi pour passer le message qu’il ne faut se fier aux apparences. Le traitement du personnage, au moins dans son introduction, reste toutefois celui réservé aux antihéros.

Quelle est la place du antihéros dans la narration aujourd’hui ?

Le antihéros occupe aujourd’hui une grande place dans les différentes histoires. Une de ses première égérie est Don Quichotte, hidalgo se prenant pour un chevalier bien qu’il n’ait aucune princesse à aller délivrer.

thersiteIl est possible de remonter plus loin encore et de trouver Thersite, guerrier homérique méprisé, chose rare dans l’Illiade. 

Aujourd’hui, de nombreux noms sont présent lorsqu’on parle d’antihéros : Colombo, Jack Sparrow par exemple, mais aussi d’autres plus ancien et plus marqué comme Wolverine ou Spiderman. En effet, l’écurie Marvel avait compris l’intérêt et la nécessité de personnages auquel s’identifier était plus simple pour le lecteur, c’est pourquoi il avait développé de tels super-héros emprunts de défauts. 

L’antihéros est présent, voir trop présent aujourd’hui, et cela s’explique entre autre par le désenchantement du monde. Au fur et à mesure que les croyances religieuses ou païennes cédaient face aux explications scientifiques, la figure mythique et mythologique du héros et de son héroïsme s’étiolait elle aussi. Un schisme brutal s’est aussi fait sentir il y a 17 ans… 

L’après 11 septembre. 

L’attentat du World Trade Center a grandement marqué les gens et les consciences. De nombreuses répercussions en ont découlé, jusque sur le pan littéraire. En effet, bien que les Etats-Unis soient les victimes, une partie du monde critique aussi l’interventionnisme américain au moyen-orient. La figure du sauveur endossée lors de la seconde guerre mondiale disparaît, et les USA ne paraissent plus aussi idylliques qu’avant. Le monde est complexe, la guerre froide est passée par là. Il n’y a pas de bons ou de méchants. Le manichéisme a disparu au profit d’une zone grise où les gens et les Etats agissent pour leurs intérêts ou pour ce qu’ils croient bons. 

De fait, cela s’est ressenti aussi sur les histoires, et le chevalier blanc n’est plus une figure appréciée des masses. On cherche de la nuance, on cherche la catharsis au travers de personnes mauvaises ou du moins moins bonnes, comme on pouvait le faire lors des pièces de théâtre antiques. En témoigneront des séries qui cartonnent comme Dexter, 24h chrono, The Walking Dead, ou bien sûr Game of Thrones.

L’impact de la télé-réalité. 

Pour finir d’enfoncer le clou, l’avènement de la télé-réalité sur le petit écran achève le héros. Le héros dont on suit les aventures est une personne normale, vivant des aventures normales, voir même ne vivant aucune aventure. 

Le temps du héros sauveur et salvateur est révolu, il a été remplacé au profit d’une figure plus nuancée, plus complexe, et moins forcément tourné vers le bien. 

Bref.

L’antihéros est aujourd’hui une figure prédominante du récit et nous avons pu faire un tour d’horizon de ses différentes représentations et de son apparition au cours de l’histoire, ainsi que de sa somme toute récente démocratisation. 

Il reste une dernière chose sur laquelle se pencher : aujourd’hui, qu’est-ce qu’un héros ? Entre la figure du héros d’hier et celle du antihéros d’aujourd’hui, qui est héroïque, comment, pourquoi ? Et c’est de cela que parlera le troisième et dernier article de cette série. 

Bosi. 

P.S : Promis, j’essaie de ne pas remettre un mois avant de sortir la conclusion. 
P.P.S : Une des pistes de la merveilleuse bande-son de Kick-Ass. 

 

 

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