Et de six (partie 3) : L’un, ou l’autre ?

Après avoir disserté sur le Fusil de Tchekhov et dit une chose puis exprimé mon point de vue sur l’inutilité et dit une autre, on est en droit de se demander :

« DU COUP, ON FAIT QUOI Jean-Yves? »

Tu sais, moi non plus je ne m’appelle pas Jean-Yves.

Pour répondre à cette question, je vais diviser cet ultime article en 4 points. 

Les règles existent pour des raisons. 

« No way !»
Un ami ébahi par ma clairvoyance

Si des règles ont été écrites, théorisées, prouvées, c’est bien pour quelque chose. Et c’est avant tout, dans le cadre de la narration, pour rendre l’histoire meilleure. Ces règles vont vous permettre d’améliorer votre schéma narratif, vos personnages, vos retournement de situation et la manière dont ils sont amenés. En somme, elles ne sont pas là pour des prunes, mais bien pour vous aider.

autoportrait Picasso

Et comme j’ai pu le dire auparavant, il faut maîtriser une règle avant de la briser.

J’avais pu parler ici du fait que Picasso maîtrisait le réalisme avant de passer au cubisme, et ce site en parlera mieux que moi.


On maîtrise une technique, une manière de faire avant de chercher à dépouiller notre oeuvre de cette technique, de la réduire à son essence la plus stricte ou de la détourner.

C’est un premier point simple, basique comme dirait l’autre, mais il ne faut pas rusher ou griller les étapes. Faire de bons fusils de Tchekhov ou de bons Red Herring, cela demande du travail et de l’exercice. Une fois que l’on en est arrivé à bien le maîtriser, alors on peut  ajouter de l’inutilité, jouer un peu plus avec les codes.

L’inutilité dépend du format.

« Mais il l’a déjà dit ça ! Même que c’était dans l’article précédent !»
-Arrête de m’interrompre Jean-Yves.

Point abordé en deux phrases à la fin du dernier article, il est nécessaire d’y revenir. Car j’ai beau aimer l’inutilité et conchier la surabondance de set-up / pay-off, on ne peut parfois pas y échapper. L’inutilité et son absence est inhérent à la longueur ou la spécificité du média. Une nouvelle courte, un film, un jeu vidéo, une série, un roman de 300 pages et un de 1000 ne s’écrivent et ne se conçoivent pas de la même manière. C’est absurde de vouloir ajouter de l’inutile lorsqu’il n’y a pas la place ou le temps.

Le jeu vidéo est sans doute le format qui se prête le plus à l’inutilité (qui parfois s’apparente à l’œuf de Pâques) mais il n’en abuse pas pour autant et chaque quête prépare souvent à la suite de l’histoire ou y participent. Divinity : Original Sin est un excellent exemple de ce second cas de figure (et je ne dis pas ça car je passe mes journées dessus). Des choses sont présentes dans ce jeu pour amuser le jouer ou étoffer l’univers, mais ce sont des à-côtés. Et je pense que c’est le point important à propos de l’inutilité.

L’inutile, si utile soit-il, est là pour enrichir votre paysage et votre histoire. Pas pour l’étouffer. 

lolnein.com
lolnein

 

Le Fusil de Tchekhov ne sert pas seulement à la cohérence du récit. 

Troisième et avant-dernière partie, on approche du but. Derrière ce sous-titre quelque peu long se cache une réalité bien présente. Le Fusil est non seulement utile à la logique de l’oeuvre, mais aussi à ses lecteurs, leurs lectures… et leurs relectures.

Une oeuvre n’est pas à usage unique. 

Elle est encore moins du prêt-à-consommer. Une oeuvre se voit et se découvre au fur et à mesure qu’elle se déroule sous ou devant vos yeux. Et on ne peut faire attention à toutes les « astuces» scénaristiques dès la première fois. Une oeuvre sera revue, relue, rerevue et rererelue.

Alors si l’inutile sert à faire regorger votre ouvrage de mille-et-un détails, le Fusil de Tchekhov sert lui de fil rouge que l’on va retrouver à chaque scène de la péripétie où le fusil est impliqué et que l’on pourra essayer de débusquer après avoir vu ou relu l’oeuvre une fois, deux fois, trois fois…

Si je me devais de faire une analogie maladroite comme je m’apprête à le faire, je le ferai avec un GIF comme celui-ci :

Le Fusil de Tchekhov, ce sont les grandes animations des premiers plans. Les sushis qui arrivent dans le bon ordre entre le premier et le troisième plan, le cuisinier qui les prépare et les clients qui les mangent. Tout mène à la fin, et sans le cuisinier ou le premier plan, les sushis n’arriveraient pas au 3e plan, et on serait en droit de se demander d’où ils viennent. Puis, l’inutile, ce sont les détails qui peuplent ce GIF et que je vous laisse découvrir. Ces détails apportent une saveur certaine à ce GIF, mais pourtant, si on en enlève les grandes animations cohérentes, le GIF n’est plus qu’un monceau d’inutile accumulé qui n’a plus de sens.

Bref, que faire ? 

Nous voici au dernier point qui clôturera cette réflexion et cette série d’articles. Alors, répondons à la question que nous avons posé au début de cette diatribe. Que faire ?

Des pistes ont été abordées tout au long de ces trois articles et ça ne servirait pas à grand chose que je les résume encore une fois ici, ça ne ferait qu’alourdir le texte. Le Fusil de Tchekhov est utile, l’inutile l’est tout autant et il faut que je me rende à l’évidence : pour moi, une bonne oeuvre ne peut exister sans l’un ou l’autre. Mais en soi, ce n’est pas un problème après tout. Les deux peuvent cohabiter, vivre en harmonie. Il ne faut pas choisir l’un et sacrifier l’autre. C’est encore une fois, et toujours à mon avis,  une affaire de dosage. Il ne faut pas que le Fusil de Tchekhov prenne le pas sur tout le reste, mais il ne faut pas que l’inutile submerge l’histoire,  au risque de trop s’y perdre. Il faut doser chaque ingrédient que l’on met dans une histoire pour arriver à l’équilibre le plus approprié à son format.

Bosi.

P.S : Un peu plus de Depeche Mode est toujours utile à nos vies.

 

 

2 réflexions sur “Et de six (partie 3) : L’un, ou l’autre ?

  1. Rien à ajouter dans ta conclusion^^ Le problème de beaucoup de conseils en écriture, c’est que je les trouve parfois absolus (il faut virer toutes les répétitions, il faut virer tous les mots inutiles, il faut…). C’est comme une recette de cuisine, le truc, c’est de trouver le bon dosage pour chaque ingrédient (dosage et ingrédients pouvant changer d’une recette/livre à l’autre).

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